Les patrons des grands groupes médias francophones belges étaient réunis ce mardi matin à Charleroi, le long des quais de Sambre. Pour la première fois, ils collaborent tous ensemble au programme "Move Up" de Sambrinvest qui vise à mettre en collaboration des startups en cours "d'accélération".

Sur les 125 startups qui ont montré un signe d'intérêt pour participer au programme, cinq ont été retenues : trois belges, une suisse et une danoise. Le programme d'accélération "Move Up" leur donnera l'opportunité de collaborer pendant six mois avec un - ou plusieurs - groupe médiatique. La RTBF, RTL Belgium, Sudpresse (et le groupe Rossel, dont Le Soir), IPM (La DH et La Libre), l'agence Belga, LaPresse.be, les éditions Dupuis et Taktik pourront, de leur côté, tester les solutions proposées par les startups et voir si elles peuvent en tirer un avantage compétitif, soit pour améliorer sa compétitivité face aux géants du web, soit pour aider la Wallonie et l'Europe à rayonner avec des projets innovants. Les startups, elles, bénéficieront de l'expérience et d'une collaboration avec une grande entreprise bien implantée pour se former, se créer et s'adapter à la demande, avec pour objectif de se lancer sur le marché national et international à terme. 

"L'avantage des startups, c'est qu'elles sont plus agiles que les entreprises, elles peuvent facilement s'adapter, et c'est une force de proposition de solution et d'innovation" , note Anne Prignon de Sambrinvest, qui pilote le programme d'accélération. Et ça, les médias francophones belges en semblent bien conscients. 

Du côté de RTL et de la RTBF, on va notamment se pencher sur KlipWorks, une startup danoise, qui propose de faciliter les échanges entre diffuseurs et spectateurs. L'idée est "d'utiliser la puissance d'une vidéo d'un smartphone pour connecter les chaînes à leur audience: la chaîne peut créer des questions, les partager avec l'audience, qui peut répondre en mettant directement en ligne une vidéo. Cette vidéo est disponible dans le format souhaité par la chaîne et peut être directement utilisée dans le processus d'édition ou de diffusion utilisé par la chaîne".

Chez IPM et Sudpresse, ce sont les belges de Bubblelab qui ont généré de l'intérêt. Ils proposent des solutions d'horoscope 2.0, pour offrir des expériences individualisées aux lecteurs en utilisant l'intelligence artificielle, la data science et l'astrologie. "Nous voulons transformer les horoscopes d'aujourd'hui, qui sont génériques, en les démystifiants, en les présentant de manière visuelle et en les liants à des outils quotidiens, comme un agenda, une application de matching, etc."

Les autres startups proposent des innovations dans le transmédia (ToonYou) et la personnalisation de dessins animés et animations pour les enfants, dans l'information ciblée aux jeunes étudiants de 17 à 24 ans (Kotplanet) et la diffusion de vidéos par IP pour le suivi des compétitions sportives (GlobalM). 

© van Kasteel (Delusinne / Marchant / Philippot)

"Le monde est en mutation permanente, il faut s'enrichir mutuellement par ce genre d'initiatives pour rester à niveau avec des groupes internationaux" , note Bernard Marchant, CEO de Rossel et président de Belga News Agency.  

"La transformation digitale est coûteuse, on a des objectifs à remplir et nos équipes sont déjà fort occupées, donc les solutions peuvent aussi venir de startups pour nous aider en interne et ensuite les pousser sur l'ensemble du marché" , ajoute Denis Pierrard, directeur général d'IPM, rejoint par son homologue de Sudpresse Pierre Leerschool : "le secteur l'a prouvé, on peut travailler ensemble pour faire rayonner la Wallonie et Bruxelles. Et les startups ont des idées qui peuvent bousculer les choses et améliorer le secteur des médias." IPM et Sudpresse n'en sont d'ailleurs pas à leur coup d'essai: c'est la troisième collaboration qu'ils entament, la première visait le ciblage de contenus, la deuxième l'intégration de podcasts sur leurs sites d'informations respectifs. 

Pour Philippe Delusinne, CEO de RTL Belgium, "les médias sont toujours en recherche de croissance, et les contenus traditionnels ont atteint une certaine stabilité. Les startups peuvent être une méthode pour retrouver de la croissance. La rivalité, ou la concurrence, entre médias n'empêche pas de collaborer." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, est sur la même longueur d'onde que sa némésis historique : "L'innovation dans les médias se fait aujourd'hui surtout dans le monde anglo-saxon, américain ou chinois. On doit pouvoir faire la même chose au niveau européen."

© van Kasteel (Pierrard / Leerschool)