À Charleroi, on arrive (lentement) au bout des procès politico-financiers relatifs aux sociétés de logements sociaux. Après la Carolo, le Foyer marcinellois et la Binchoise, c’était au tour du Val d’Heure d’être évoqué devant le tribunal correctionnel. "On retrouve les mêmes ingrédients : des potentats politiques, des gérants manipulés, des administrateurs complaisants, un soupçon de népotisme et de clientélisme, des réviseurs aveugles et surtout, beaucoup de gabegie", a clamé le substitut du parquet général, Nabil Sanhaji, visant particulièrement Michel Wilgaut, l’ancien président du Val d’Heure et du CPAS.

Selon le parquet, le socialiste était un "drogué du pouvoir qui a profité de son amitié avec Jacques Bertrand, un entrepreneur, pour s’octroyer des avantages illégaux. En l’espèce, des travaux à bas prix à son domicile privé en échange de chantiers juteux, le tout au mépris des marchés publics qui étaient saucissonnés pour contourner les appels d’offres". Comme un air de déjà vu…

Le ministère public a donc réclamé une condamnation de Michel Wilgaut pour ces faits présumés de corruption et de prise d’intérêts, avec l’octroi d’un sursis éventuel. Même topo pour l’entrepreneur Jacques Bertrand, ex-patron des sociétés Hullbridge et Polyconstruct, et pour l’ancienne directrice-gérante du Val d’heure.

Celle-ci a également eu droit aux faveurs de l’entrepreneur, notamment pour son appartement de Westende. Mais à l’époque, dit-elle, elle entretenait une relation amoureuse avec lui. Il s’agissait donc de cadeaux à titre privé. "Je ne pouvais de toute façon prendre aucune décision pour les dépenses dépassant 1.240 €. C’était Michel Wilgaut qui donnait les instructions", a-t-elle ajouté.

Pour Laurence Wilgaut, fille de Michel et ex-administratrice du Val d’Heure, le parquet fait profil bas. À l’examen du dossier, il ne reste plus grand chose, sinon rien à reprocher à l’ex-échevine du 3e âge. Les travaux chez elle ? Elle n’avait encore aucun mandat public.

Et si elle a fait appel à Jacques Bertrand, c’est parce qu’il était un ami de son père et un entrepreneur sérieux. Quant à la ristourne de 10 % qu’elle a obtenue sur ses travaux de peinture, il n’y a pas de quoi s’offusquer : 250 € de boni sur 2.500, il n’y a pas de quoi crier au scandale…

En attendant, Laurence Wilgaut a dû démissionner de son poste d’échevine. Pour elle, les dégâts collatéraux sont énormes et irréversibles.