L'annonce était tombée comme un coup de massue : les écoliers de secondaire ne feront plus de sorties culturelles jusqu'à nouvel ordre. Pile au moment où le secteur culturel est dans un gouffre abyssal creusé par la Covid - et par les règles sanitaires qui ont suivi, où les centres culturels et les salles se demandent comment ils vont réussir à survivre sur leurs maigres budgets, et où les artistes eux-mêmes continuent à se trouver dans une situation alarmante financièrement.

C'en était trop pour l'Eden, le centre culturel de Charleroi. Avec les Jeunesses Musicales de Charleroi, les équipes ont booké des groupes et artistes, pour qu'ils aillent se produire devant les écoles du tout Charleroi le jour de la rentrée. "On jouera dans la rue, devant les établissements, ou dans les cours de récré si les directions nous laissent entrer", détaille Carmela Morici du centre culturel. Officiel, libre et spécialisé, une vingtaine d'établissements de Charleroi et de ses cinq districts seront envahis par la musique du 1er au 4 septembre, "dans le respect des conditions sanitaires, évidemment".

Cet acte "militant", "de résistance" s'inscrit dans le sursaut culturel qu'on observe depuis quelques semaines : "même s'ils jouent pour 40 personnes au lieu de 200, ça vaut la peine. Ce n'est pas dérisoire de continuer à faire son métier, même sur des jauges si petites, pour défendre l'indispensabilité de la culture. Et en tant que centre culturel, pour donner des cachets aux artistes aussi, qui en ont bien besoin en ce moment."

Dès huit heures du matin, à la récré de dix heures ou sur le temps de midi, les musicos seront là, pour une demi-heure environ. "La rentrée est déjà un moment stressant pour tout le monde en temps normal... mais là avec la Covid, les profs, les parents et même les enfants sont encore plus stressés que d'habitude. On veut leur donner une bulle de bonne humeur, mais aussi soutenir les artistes qui n'ont plus eu de contrat depuis des mois et des mois. Et rappeler à tous ceux qui veulent bien l'entendre que la culture s'inscrit dans le cursus scolaire. On craint que pour certains enfants, ce petit acte militant de la rentrée ne soit leur seul contact de l'année avec le secteur culturel..."