L'avocate générale avoue qu'elle a été surprise par la variation des témoignages dans cette nébuleuse affaire, "les témoins ont été précis sur la première scène, devant l'Académie, mais moins précis sur la seconde scène", mortelle.

Le beau-frère de la victime a donné cinq versions différentes lors de l'enquête. Toutefois, l'accusation retient qu'il n'a jamais varié sur un point: "c'est Abdulhakim qui a porté un coup de couteau à Salih".

Le coup de couteau mortel a été porté au niveau du coeur, "avec une certaine force". L'avocate générale demande aux jurés de retenir la version du légiste, selon lequel l'accusé aurait dû voir le coup lors d'une rixe face-à-face, retournant l'arme que tenait Salih contre lui. Version de l'accusé, sauf qu'il a déclaré ne pas avoir vu le coup de couteau.

L'avocate générale retient aussi que la version livrée lors de la reconstitution ne colle pas aux premières déclarations de l'accusé, dont elle retient "la faculté d'adaptation" de l'accusé "tout le long de la procédure". Ainsi, il a donné une explication sur la position des trois voitures sur la bretelle d'autoroute, alors qu'un policier a reconnu, lors de son témoignage, avoir fait une erreur. La Seat de la victime a toujours été stationnée devant la BMW de l'accusé, suivie par l'Audi du beau-frère.

Enfin, la magistrate s'est penchée sur les questions subsidiaires posées par la défense, soit les coups provoqués et l'état de légitime défense, estimant que tout était disproportionné et rappelant que c'est l'accusé qui avait ouvert les hostilités en attaquant la victime au sujet du Mokhtar, ce maire non élu dans leur région d'origine qui venait de décéder.

Six ans après les faits, l'avocate générale constate que les choses n'ont pas évolué, les deux clans restent sur leur position. "Depuis six ans, tout le monde sait qui est l'auteur, y compris lui. Il sait très bien ce qu'il a fait. Aucun acte de vengeance n'a été perpétré. Lui-même dit que les tirs dont il fut victime n'ont pas été orchestrés par la famille de la victime. Toute la communauté désigne cet homme-là, car prononcer son nom est une insulte".