Ce soir-là, dans le huis clos de l'appartement de la rue de la Station, il y avait deux personnes: Isabelle Lambert et Franck Frissen. C'est établi par les déclarations de l'accusé, les témoignages des voisins et les analyses scientifiques opérées sur la scène de crime. Isabelle Lambert est donc l'auteure de ce crime, selon le ministère public.

Les disputes étaient fréquentes entre Isabelle et Franck, dont la relation s'est bâtie sur l'alcool. Ils se sont rencontrés lors d'une cure. "Ce qui est interpellant ici, c'est que la violence s'est installée dès le départ dans la relation. Malgré ça, elle a continué à vivre avec lui et ils n'ont mis aucune limite à leur consommation d'alcool."

Ce sont deux êtres en souffrance qui se sont rencontrés et qui ont fait de la violence, un mode de vie. Ce soir-là, l'empoignade était violente entre la cuisine et le salon. "Elle lui a arraché le tee-shirt et l'a blessé au doigt avec son couteau. Le deuxième coup, à l'épaule, est plus violent. Le dernier, porté au thorax, est encore plus violent, blessant l'accusée à la main." L'avocat général rejoint les parties civiles: c'est une lésion d'attaque.

Pour l'accusation, l'intention d'homicide est dans la nature du geste. "Ce soir-là, la table n'était pas dressée pour un repas. Il y avait d'autres couteaux, mais elle a pris une arme, la plus dangereuse et la plus mortelle, alors qu'ils n'allaient pas se servir de ce couteau ce soir-là", poursuit l'avocat général qui a constaté, via les expertises, qu'Isabelle Lambert n'avait aucune lésion de défense. "Les faits ne me permettent pas de dire que Franck Frissen était porteur d'un couteau." Deux coups ont été portés dans des zones vitales, avec une force suffisante pour occasionner des lésions importantes.

Quant à l'excuse de provocation, posée par la défense, l'avocat général estime qu'elle n'existe pas. "Son acte est disproportionné. On ne peut pas accepter qu'une femme soit battue, ou sous emprise, mais ce n'est pas ce qui est en jeu ici. Je peux entendre sa souffrance mais ce n'est pas une excuse pour une souffrance plus grande."

L'avocat général a d'ores et déjà annoncé qu'il retiendrait des circonstances atténuantes quand il s'agira de débattre sur la peine.