Sophie est née en 2010. Et dès ses premiers jours de vie, la pauvre mineure n’a pas eu de chance. Sa mère l’a néglige rapidement. Son père, lui, brille clairement par son absence. Les parents sont logiquement déchus de leurs droits parentaux, tandis que Sophie et ses douze frères et sœurs font l’objet de mesures de placement ou de protection.

C’est dans ce cadre-là qu’Ingrid accueille la petite chez elle. En juin 2014, cette dernière dépose officiellement une requête pour adopter définitivement Sophie. Mais à peine un mois plus tard, Olivier (prénom d’emprunt), le parrain de la mineure, dépose également une requête d’adoption. Et c’est à ce moment-là que les relations entre les deux camps se compliquent.

Chaque famille estime être la meilleure option possible pour adopter Sophie. Ingrid et sa famille ont d’ailleurs pour projet de s’en aller vivre dans les Pyrénées françaises avec l’enfant. Après un séjour dans le sud de la France chez une amie, Ingrid décide de déposer plainte à la police locale de Charleroi le 23 octobre 2017. « Quinze jours après mon retour, mon amie m’a contactée en m’expliquant que la petite, que j’avais confiée à sa belle-sœur, avait confessé un lourd secret », explique la prévenue.

D’après cette belle-sœur, Sophie a dessiné et lui a expliqué qu’elle a été victime d’attouchements par son parrain. « J’ai reçu un mail de cette personne pour m’expliquer ce que la petite avait dit. Je l’ai montré à la police, mais les policiers m’ont dit que je devais le montrer plus tard au tribunal. Moi je n’ai rien vu de suspect, ni même des coups qui sont évoqués par la petite lors de son audition. » La justice se penche sur cette plainte. Mais ni le fameux mail ni le dessin de la petite ne se trouvent dans le dossier.

Rapidement, le dossier fait l’objet d’un classement sans suites, car pas d’infraction. Mais l’honneur d’Olivier a été bafoué à cause de cette plainte. « La plainte a parfaitement fonctionné. Mon client ne voit plus la petite et l’adoption n’est toujours pas tranchée. Tout le monde s’est posé des questions sur lui. Même son épouse, car on ne connaît jamais réellement la personne dont on partage la vie », souligne Me Demanet, l’avocat du parrain de la petite. Le pénaliste souhaite une seule chose : la reconnaissance de la culpabilité d’Ingrid par la justice pour sa dénonciation calomnieuse…

Pour le parquet, l’histoire de ce mail montré à la police est incompréhensible. Et que dire du dessin soi-disant réalisé par la petite, qui a été finalement détruit. « Si elle vient déposer sérieusement plainte, il faut au moins faire des vérifications minimales pour voir la véracité ou non des faits. » Pour une dénonciation calomnieuse, le Code pénal prévoit une peine allant de 15 jours de prison à 6 mois. Pour sanctionner l’attitude d’Ingrid et les graves conséquences, une peine de 3 mois de prison avec un sursis est requise. Jugement début mai.

L.C.