Entre la (re)découverte du Pays Noir et le bilan politique, l'ouvrage est disponible en librairies.

Avec des descriptions lascives, qui prennent leur temps, Marcel Leroy raconte Paul Magnette, et le voyage qu’ils ont fait à travers les 100 km² de Charleroi. Intimité, ou superbe mise en scène ? Les deux ne sont pas incompatibles. Les paragraphes de l’ancien grand reporter sont ponctués par des réflexions du bourgmestre, plus tranchantes, et écrites en "nous", pas en "je". Le photographe Axel Delepinne illustre le tout, qui sort aux éditions Luc Pire.

C’est une longue balade, en vélo, dans les rues et les campagnes de Charleroi. Artistes, petites gens, célébrités locales. On y croise le carolo sous toutes ses formes. Paul Magnette, "Paul", comme écrit Marcel, en profite pour se livrer. Sous son bon jour, à n’en pas douter, mais on découvre le profil d’un homme cultivé, qui transpire le socialisme quand on s’y attend le moins. Comme l’histoire de cette mère de famille, qui risque de se faire expulser. Qui aimerait un logement public, mais la Sambrienne n’en a pas assez pour tout le monde. "Derrière la requête polie de la maman se profile une société de plus en plus glaciale pour les moins nantis."

Et puis, il y a le mot social, glissé ci et là. Le plus étonnant : le "Centre de Délassement de Marcinelle", aussi dit "Charleroi-les-Bains", qui devient sous la plume de Magnette "Centre social de Délassement de Marcinelle".

Voyage à Charleroi , c’est le titre du bouquin, ça ressemble à une déclaration d’amour de Magnette à Charleroi. "Rebelle", "tumultueuse", "demoiselle", Paul n’oublie pas le passé mais fait une fixation sur l’avenir. Ce qui n’est pas innocent à 6 mois des scrutins.

Il faut d’ailleurs attendre la page 200 pour que le bourgmestre se livre à l’exercice que j’ai attendu tout du long avec mon œil méfiant de journaliste : le bilan programme. Mais c’est intéressant aussi, parce que ça éclaire sur les décisions prises, et ça montre dans quelle direction Paul Magnette compte aller, s’il est réélu : continuer la réorganisation par district, avec des services publics locaux; renforcer le côté "vert" de Charleroi et ses terrils; soutenir la mobilité durable et les transports en commun; la rénovation du cœur des anciennes communes et des espaces publics; créer de la mixité sociale, en mélangeant riches et pauvres; enfin, développer le culturel, l’associatif et le sportif.

On conseille ? Oui, pour la (re) découverte de Charleroi et de ses trésors. À consommer avec un esprit critique à l’affût.


Top des raisons de lire Voyage à Charleroi:

  • Charleroi, Charleroi, Charleroi
  • Des infos insolites: saviez-vous que les terrils du Martinet faisaient 7.000.000 mètres cubes?
  • L'actualité, vue de haut. C'est presque une photo, dans 10 ans ça sera dépassé. Ça pourra peut-être servir de repère, mais c'est aujourd'hui qu'il faut le lire


Top des raisons de NE PAS lire Voyage à Charleroi:

  • L'image de Charleroi est incomplète: c'est une vision, une ode, qui transpire parfois l'homélie, pas une représentation fidèle. Il faut attendre la dernier quart du bouquin pour trouver un point négatif: la propreté des rues et l'incivilité
  • Le point Godwin est atteint page 57
  • C'est formidable: soit la mandature Magnette a investi un peu d'argent et de temps absolument partout, soit les arrêts de la balade ne sont pas anodins


Prix: 20€, 220 pages, éditions Luc Pire