Ce lundi matin, une majorité de bus et métros des TEC Charleroi n'ont pas roulé. Les chauffeurs ont refusé de prendre leur service. "Ce n'est lié à aucun syndicat, ce sont vraiment les chauffeurs qui ont débrayé", précise Serge Delchambre, délégué CGSP. Il insiste: "nous n'avons aucune revendication syndicale, mais il y a un ras-le-bol des chauffeurs qui est palpable, on le sait puisqu'on a déjà fait remonter les problèmes en comités de concertation, ce qui n'a pas été écouté visiblement, et on en est à la situation de ce matin."

Il a cependant pu nous donner quelques informations sur les raisons de la colère. Apparemment, les chauffeurs notamment de Charleroi étaient contre le fait de devoir recommencer la "perception" (vendre des tickets aux navetteurs) alors que le mécanisme n'est pas d'application partout.

Retour en arrière: avec la crise Covid, les chauffeurs ont arrêté de faire de la "perception", et ont été mis à l'écart des usagers via une cabine fermée (soit parce qu'une cabine était prévue dans le bus, soit avec une bâche). Puis il y a quelques semaines, le CODECO annonce la fin du port du masque obligatoire, à l'exception des hôpitaux et des transports en commun. "C'est là que le problème se pose, parce que les chauffeurs ne veulent pas porter le masque toute la journée. La direction générale du TEC a donc trouvé une solution, en gardant les bâches quand nécessaire pour que les chauffeurs n'ait pas besoin de porter le masque toute la journée. Sauf que la direction a décidé aussi de reprendre la perception quand c'était possible", nous explique-t-on. Ce qui fait qu'il y a alors deux façons de procéder : soit le bus n'est pas équipé de cabine, la bâche reste donc et il est impossible de faire de la perception (parce qu'elle n'est pas prévue pour ça); soit le bus est équipé de série d'une cabine qui protège le chauffeur, et il y a donc le matériel pour reprendre la perception tout en ne portant pas le masque. 

C'est là que se trouve la raison de la colère des chauffeurs : avec ces dispositions, en Wallonie, certains doivent vendre des titres de transport et vérifier que les passagers ont bien leur ticket, certains ne doivent que conduire. Est-ce si grave? "Eh bien près de 90% des chauffeurs, je dirais, qui ont débrayé ce matin. Et ce n'est pas lié à un syndicat ou l'autre, parce que la CGSP représente à peu près 50% des chauffeurs, or c'est quasi tous qui ont refusé de prendre leur service", répond Serge Delchambre. "Le problème qui nous a été remonté par les travailleurs, c'est que ça n'est pas d'application partout. Ce qui signifie que ça crée un déséquilibre: prenez un usager qui vient de Namur et qui veut aller à Charleroi. Il n'a pas pris de billet à son arrêt, parce que quasiment aucun arrêt n'est équipé d'une borne automatique et que les chauffeurs là-bas ne font pas de perception, et il arrive à Châtelet. Il descend de son bus et entre dans le suivant, qui l'emmène à Charleroi. Là, il faut qu'il achète un billet, le chauffeur devra donc s'expliquer avec des usagers, qui ne comprendront pas, ce qui risque de créer des tensions et de rendre la vie du chauffeur compliquée."

De ce qu'on en comprend, les chauffeurs veulent donc que la "perception" reprenne partout en même temps, ou ne reprenne pas pour l'instant... mais sans créer de déséquilibres au sein de l'OTW (Opérateur de Transport de Wallonie), qui a "unifié" tout le réseau wallon fin 2019 pour notamment éviter des différences trop marquées entre régions. C'est ce "traitement à deux vitesses" pour les chauffeurs qui semble à l'origine du problème de ce lundi. 

Pas sûr que les navetteurs soient ravis d'avoir raté leur bus parce qu'il a été demandé à certains chauffeurs de, finalement, faire leur métier.