Charleroi

Les policiers sont venus raconter le déroulement de leur enquête sur la mort de Nicolas El Mjaidri, torturé puis tué le 5 novembre 2016. 


La mise à mort en plusieurs étapes a duré plus de deux heures. Selon Jason Saume, Alexandre Devos riait alors que Jean-Marie Demeure était en train d'achever la victime. Alexandre conteste mais, quelques heures après le crime, il se vantait du crime auprès d'un autre jeune et de l'homme à qui il a tenté de vendre la voiture de Nicolas. La première étape de cette nuit horrible s'est déroulée dans une maison située à la rue Decoux à Dampremy, chez la compagne d'Alexandre Devos. Il était environ 21h30 quand Jean-Marie Demeure et Alexandre Devos, accompagnés de Nicolas El Mjaidri, sont arrivés là-bas, où se trouvaient déjà Martin Prince et Jason Saume. Alexandre avait fixé un rendez-vous avec Jean-Marie sur un parking.

Peu de temps avant, dès 21h05, Alexandre et Jason ont échangé des SMS. Le premier indiquant au second qu'il allait "racketter et péter" la victime "qui avait bien 1.000 euros" sur lui. "T'es chaud ? Moi, je suis chaud !", a écrit Alexandre à Jason, qui s'est laissé convaincre.

Nicolas a reçu des coups de marteau à la tête après 21h50, heure à laquelle il envoit un dernier SMS à sa maman. Ensuite, la victime est ligotée par Jason et Martin. Sur ordre de qui ? Alexandre et Jean-Marie se renvoient la balle. Ils décident de placer la victime à l'arrière de sa Kangoo. Jason et Martin montent à l'arrière, les deux autres devant. Alexandre conduit.

La camionnette s'arrête dans une station-service à Ransart. La carte bancaire de la victime est utilisée mais son compte est vide. Les cinq hommes se dirigent ensuite vers un terrain vague où il est décidé de se débarrasser du corps de Nicolas car un membre de sa famille serait très dangereux. Alexandre Devos propose d'en finir avec Nicolas dans un hangar à Lodelinsart. Sur la route, ils s'arrêtent dans un magasin de nuit où Jason Saume achète des cigarettes et de l'alcool avec l'argent volé à la victime. Selon les policiers qui ont vu les images enregistrées dans le commerce, il échange des sourires avec le commerçant. "Il a l'air cool", remarque le président.

Ils arrivent à Lodelinsart. Jason entre dans le hangar par une fenêtre cassée et réceptionne Nicolas qui a les mains et les chevilles attachées. Une fois dans le hangar, Nicolas est frappé par son ami Jean-Marie à coups de marteau et de pelle. Selon Jason, Alexandre riait au moment des coups portés par Jean-Marie. "Je ne me souviens pas d'avoir rigolé", répond Alexandre.

Jason prétend qu'il s'est éloigné de la scène, trop choqué par les rires et la violence. Alors qu'il pleurait, Alexandre lui a dit qu'il avait besoin de lui pour la pendaison. Alors que Nicolas est encore vivant, ils tirent tous les quatre sur les sangles pour le pendre et l'abandonne à son sort. A 23h59, Jean-Marie rentrer chez lui, il échange des SMS avec Alexandre jusque 0h30. On ignore le contenu.

Après les faits, Alexandre se rend chez une jeune femme avec la voiture volée. Il se vante du crime auprès d'un autre jeune et il donne des détails, les coups de marteau, le transfert de la victime, etc. Alors qu'il casse l'autoradio de la voiture, il rigole et dit, selon le témoin, "c'est pas grave, c'est une voiture volée". Jason et Martin sont, quant à eux, rentrés dans un squat. Selon un témoin, Martin n'est pas dans son état normal.

Le 6 novembre, vers 16h00, Alexandre, Jason et Martin rencontrent un homme à Couillet pour lui vendre la Kangoo. L'ancien co-détenu d'Alexandre se méfie quand ce dernier lui raconte qu'il a tué un homme la veille et qu'il l'a transporté dans l'auto. L'homme pense avertir un membre de la famille de Nicolas mais se ravise, il se rend à la police.

Alors que Jean-Marie a déjà été interpellé et qu'il est entendu à la police, Alexandre est balancé par son ancien co-détenu. La police avoue avoir été chanceuse sur ce coup-là. Alexandre est interpellé le 9 novembre à la gare de Charleroi-Sud où il a un rendez-vous avec le potentiel acquéreur de l'auto. Les deux autres seront arrêtés le 11 novembre. Les réseaux sociaux ont bien aidé les enquêteurs.

Depuis, les quatre accusés ont multiplié les versions. Les enquêteurs ont apporté un scénario sur lequel s'appuie l'accusation. Dans le box, les accusés contestent et leurs avocats prennent des notes, beaucoup de notes.

Vendredi après-midi, les enquêteurs parleront de la reconstitution. D'autres témoins sont attendus de lundi à mercredi midi.​