Charleroi

La psychologue Martine Bronckart est venue témoigner mercredi matin devant la cour d'assises du Hainaut, dans le procès des accusés Alexandre Devos, Jean-Marie Demeure, Jason Saume et Martin Prince. Le psychiatre, le docteur Gérard Charles, était quant à lui excusé. 


La psychologue a présenté face aux jurés ses conclusions, après les examens menés sur les quatre individus, accusés d'un vol avec violence, avec plusieurs circonstances aggravantes dont celles d'avoir torturé et tué Nicolas El Mjaidri (24 ans), le 5 novembre 2016 à Charleroi. La psychologue s'est d'abord penchée sur le cas de Martin Prince, rencontré en prison en 2017. "Il dira peu de chose, qu'il était sur les lieux sous l'effet de la cocaïne, de l'héroïne et de l'alcool. Il a dit qu'il avait obéi à un ordre et qu'il ne savait plus ce qu'il faisait. Il met en avant ses consommations qui ont, selon lui, provoqué un manque de discernement mais se déclare incapable de violence".

Le quatrième accusé dans le box s'inquiète plus des conséquences pour lui-même que pour la victime. Aucune psychose n'apparait dans les tests effectués sur l'accusé qui exprime peu ses émotions. "Tolérant au stress, dépendant des autres, égocentrique, il a l'angoisse d'être abandonné et a besoin de l'autre pour être rassuré. De nombreuses failles ont été constatées dans la construction de l'individu qui soigne ces failles par la consommation". Son quotient intellectuel est considéré comme normal. Aucune pathologie liée au tragique évènement vécu par le passé, quand il avait sauvé ses frères des flammes mais pas son beau-père, n'est constatée par le psychiatre, note la cour.

Le cas de Jason Saume a été évoqué ensuite. "Plus volubile que Martin Prince, il dit avoir paniqué car il était d'accord pour un vol d'argent mais pas pour la suite. Il évoque une situation traumatisante, ses envies suicidaires au début de l'incarcération". Le troisième accusé décrit sa toxicomanie comme une descente aux enfers mais il ne l'utilise pas comme une forme d'excuse pour les faits. "L'aspect affectif et émotionnel est son moteur, ce qui risque d'entrainer un manque de discernement. La tolérance au stress est médiocre, il peut exploser, le monde extérieur est une menace chez cet individu immature". Le QI est dans la normale inférieure.

Jean-Marie Demeure, quant à lui, a évoqué concernant les faits "une histoire qui a mal tourné", en ajoutant qu'il a été obligé de frapper "sinon c'est lui qui prenait les coups". Il a dit au psychiatre qu'il avait "achevé" Nicolas El Mjaidri d'un coup de marteau. Son discours était cohérent, "on ne relève aucun élément psychotique ou délirant". Opportuniste, il est à la recherche de son propre intérêt, de sa propre satisfaction, notent les experts. "Le risque de débordement existe quand son image est remise en question". Egocentrique, il s'investit peu dans les relations où les autres ont peu de place. Il a parlé de Nicolas aux experts sans aucune émotion, ni empathie.

Enfin, Alexandre Devos semble parler peu des faits, reportant la faute sur Jean-Marie Demeure "qui a porté les coups de marteau". Posé, séducteur, il a cherché à se montrer sous un jour favorable face aux experts à qui il s'est peu livré, sans aucune émotion. "La seule coloration émotionnelle qui apparait est en rapport avec sa situation personnelle, il dit qu'il s'ennuie". Méfiant lors des tests, "il avait peur d'être piégé", affirme la psychologue. "Il y a une difficulté de voir les choses quand il est englué dans ses propres perceptions". Face aux émotions, l'impulsif passe à l'acte et il est peu tolérant face au stress. Il est aussi qualifié de "narcissique", un être qui masque ses failles et ses fragilités. Le QI est normal. Il est considéré comme "dangereux" pour la société, avec des traits psychopathiques, par deux psychiatres.

Tous sont considérés par les experts comme responsables de leurs actes.

Après une interruption d'audience en raison de la manifestation "66 jours pour sauver la justice", à laquelle la cour prendra part, le procès se poursuit avec la plaidoirie de la partie civile, représentée par Me Michel Bouchat et Me Romain Bastianelli.