Murielle Eyletters est "médecin des arbres", un domaine un peu particulier.


Titulaire d’un doctorat en sciences agronomiques de l’ULB, Murielle Eyletters entretient presque avec les arbres la même relation qu’un généraliste avec ses patients. Elle se définit d’ailleurs elle-même comme "médecin des arbres" : les ausculter pour les soigner. Les protéger des périls extérieurs. Leur prescrire la gestion dont ils ont besoin pour continuer à remplir leur fonction environnementale car ils stockent du carbone issu des activités humaines. Et embellir le cadre de vie urbain.

C’est en 2003, après dix ans de recherche dans le domaine de la physiologie végétale pour l’université, qu’elle crée sa spin-off à Charleroi. Aliwen qu’elle rachète en 2012 pour l’adosser à son bureau d’études T&MC Partners propose des solutions et des outils pour la protection du patrimoine arboré : inventaire complet avec identification, géolocalisation, numérotation, mesures dendrologiques mais aussi et surtout diagnostic phytosanitaire, de stabilité et de vitalité.

La "consultation" commence par une phase d’observation : "En ville, les arbres sont soumis à des stress", explique-t-elle. "Ils souffrent parfois d’un mauvais entretien, sont exposés à des ‘blessures’, subissent même de véritables mutilations. Il faut en prendre soin." Le coup d’œil de l’experte lui permet d’estimer leur état de santé, de détecter la présence de maladies caractérisées par des traces de champignons.

L’approche est scientifique. À l’aide d’instruments de mesure comme le fluorimètre - stéthoscope de l’agronome - ou du tomographe qui scanne l’intérieur du bois comme une radiographie, elle pose son diagnostic. En cas de doute, le "médecin" peut procéder à des prélèvements envoyés à l’analyse. Pour identifier l’ADN des pathogènes par exemple, Murielle Eyletters travaille avec des labos renommés. Ces données lui permettent d’établir la fiche phytosanitaire de chaque arbre, avec son espérance de maintien et sa dangerosité. "J’interviens aussi bien pour l’arbre du particulier, dans un jardin, qu’à l’échelle de l’alignement d’un boulevard, d’un parc, d’un quartier voire d’une ville" .

On distingue des centaines de pathogènes : ainsi, le cameraria - minuscule papillon - s’attaque aux feuilles, l’armilaire au système racinaire qu’il peut anéantir. Quant au pseudomonas syringae, il est fatal au marronnier qu’il décime depuis son apparition voici une dizaine d’années. Plusieurs spécimens en sont atteints à Charleroi, notamment dans le parc Astrid. Leur abattage est inéluctable.