Un exemple flagrant chez nous est le phénomène du "plafond de verre", ce mur invisible que les femmes heurtent quand elles essaient de monter dans la hiérarchie. Il suffit de regarder autour de soi, ce sont globalement des hommes qui sont au pouvoir. Il y a de plus en plus de contre-exemples, heureusement.

Les difficultés de parcours de celles qui ont fait sauter le plafond de verre

Dans la région, Marie-Hélène Knoops est bourgmestre de Montigny-le-Tilleul. Un peu plus de 70 ans après le droit de vote, c’est elle la capitaine d’une commune de 10 000 habitants, et elle est respectée de ses homologues. "Ça n’a pas toujours été le cas, quand je suis arrivée en politique, j’ai dû faire mes preuves, me battre pour montrer de quoi j’étais capable. Et même quand je suis devenue bourgmestre, il y a un homme, un autre bourgmestre, qui m’a dit : les femmes en politique, c’est comme le sel sur les frites, il en faut un peu mais pas trop. Ça donne le niveau", témoigne-t-elle.

Monique Levecque, elle, est présidente du tribunal de première instance du Hainaut, c’est la "cheffe" des juges de Tournai, Mons et Charleroi. "Au début de ma carrière, des hommes n’acceptaient pas qu’une petite femme en talons soit avocate. Il y avait des questionnements sur mes capacités, beaucoup de condescendance aussi."

Troisième interlocutrice, la cheffe de corps de la zone de police des Trieux (Courcelles et Fontaine-l’Evêque). "Sur les 23 zones de police du Hainaut, je suis la seule femme. On n’est que quatre cheffes de corps sur toute la Wallonie. Et au quotidien, dans ma zone et mes recrutements, il n’y a pas de femmes commissaires qui postulent pour nous rejoindre", explique-t-elle. "Mais j’ai eu la chance, moi, de n’avoir jamais dû batailler pour être reconnue, peut-être que j’ai été plus observée, pour voir si ça fonctionnait bien, cela dit."

Le travail des femmes moins valorisé

Toutes les trois confirment, par ailleurs, être entourées d’hommes, mais elles expliquent aussi que ça se féminise de plus en plus. Ce n’est pas pour autant que c’est gagné, maintenant que quelques femmes ont pu percer le plafond de verre ! Parce qu’un autre phénomène vient ralentir les rêves d’égalité : celui du "plancher collant".

"Plus on est bas dans la hiérarchie, plus ce sont des femmes qui occupent les postes. Et plus on monte, plus ce sont des hommes", nous détaille Pauline Legros de Vie Féminine. "C’est flagrant avec l’école : à la crèche, ce sont des accueillantes, puis en primaire il y a beaucoup de femmes institutrices, puis quand on arrive en secondaire il y a de plus en plus d’hommes professeurs jusqu’à l’université où il y a très peu de femmes (16 % en 2019, NdlR)". Parce que le travail des hommes est souvent davantage valorisé, et c’est là tout le problème : "même à la maison, quand un homme taille la haie, on le félicite, quand une femme cuisine c’est normal."

Ces deux phénomènes s’ajoutent, bien sûr, à la charge mentale, les temps partiels, la contraception, les violences et féminicides, les tâches ménagères… et on ne cite ici que quelques unes des inégalités que subissent les femmes dans notre pays. Il y a pire à l’étranger.

Savoir reconnaître les privilèges masculins

"Tout homme allié de la lutte féministe devrait pouvoir reconnaître ses privilèges masculins", dit le Collectif 8maars. Les comprendre, c’est aussi se rendre compte de ce qui doit changer : on n’attend pas de moi que je sois délicat, sexy ou soumis. Je ne suis pas "sale" quand je perds ma virginité. Je risque beaucoup moins de me faire violer, et si ça arrivait on ne me demanderait pas ce que je portais comme vêtements. Je peux vieillir et rester beau. Je peux m’identifier à des héros de livres ou de films qui ne sont pas des rôles secondaires. On ne me demande pas si je veux vraiment avoir une carrière tout en m’occupant de mes enfants. Et la liste serait trop longue…