Nul besoin de présenter Magomed, particulièrement bien connu de la justice et même du siège qui devra trancher sur sa culpabilité le 23 juin prochain. L'homme d'une vingtaine d'années a déjà écopé, en octobre 2019, de 4 ans de prison avec un sursis probatoire de 5 ans pour 27 vols et tentatives de vols avec violence et pour une association de malfaiteurs. Et le délai d'épreuve n'a, semble-t-il, pas porté ses fruits puisqu'un mois plus tard, le 26 novembre 2019, Magomed est suspecté d'avoir tiré à deux reprises dans les jambes d'Ali.

Une fracture des deux fémurs

Ce soir-là, peu avant 18h, la police de Charleroi est appelée à intervenir place du Nord-Michel Levie. Une scène de tirs vient de se produire sur place, lors d'un attroupement de plusieurs personnes. Ali est découvert blessé au sol, avec une balle dans chaque jambe. L'homme blessé est emmené à l'hôpital, avec une fracture des deux fémurs. Deux douilles sont découvertes sur place, avec un marquage bien particulier sur les munitions. Les circonstances de cette scène de tirs sont, au départ, troubles. L'enquête piétine quelque peu, mais un témoin évoque une Ford Fiesta vue sur les lieux. Le début de la plaque d'immatriculation est renseigné et permet de remonter jusqu'à la propriétaire.

La voiture appartient à la maman de Sofiane. Ce dernier est également suspecté d'avoir participé à la fusillade place du Nord-Michel Levie. « Je n'étais pas sur les lieux. C'était bien moi qui avais la Ford Fiesta, mais elle n'était pas sur les lieux. » Magomed, lui, confirme bien s'être arrêté à quelques mètres de l'attroupement alors qu'il rentrait du travail, sans pour autant être le tireur.

L'arme découverte à son domicile

Seulement voilà, une perquisition menée plus tard au domicile de Magomed a permis de mettre la main sur l'arme semi-automatique utilisée pour blesser Ali. Le prévenu admet avoir obtenu l'arme (qui ne fonctionnait pas, selon lui) après les faits, à Charleroi, dans le cadre d'une collection d'armes. Pour le parquet, cette découverte fragilise la version des faits du jeune homme. Sans oublier ce second témoignage de la victime, qui a reconnu Magomed sur un panel photo comme étant le tireur.

Pour Sofiane, le substitut Vervaeren se base également sur plusieurs détails accablants : la présence de la fameuse Ford Fiesta, mais aussi un appel téléphonique passé de la prison par Sofiane où ce dernier évoque deux coups de feu et un vol de vélo. Vol qui serait à l'origine de cette fusillade et motif évoqué par la victime elle-même au moment où elle a été interpellée par le tireur avant les deux tirs.

Vu l'état de récidive de Magomed, une peine de 5 ans de prison est requise contre lui. Trois ans de prison sont sollicités contre Sofiane. Me De Beco, l'avocat du suspecté tireur, plaide la clémence du tribunal en reconnaissant uniquement la détention de l'arme au domicile. Selon le pénaliste bruxellois, la description fournie du tireur ne correspond nullement au physique de son client. Sans parler de la seconde audition de la victime, qui prétend reconnaître Magomed. « Huit mois plus tard, la victime obtient des informations. J'aurais bien aimé qu'il dise où il a obtenu ces informations, parce que tout d'un coup il dit qu'il a bien vu son visage. Oui je crois que c'est orienté, alors qu'au départ il disait qu'il ne pouvait pas reconnaître le tireur. »

Me Dumont, conseil de Sofiane, plaide un acquittement pour l'unique prévention reprochée à son client après être revenu sur ce fameux appel téléphonique retranscrit par les enquêteurs. « Parfois, dans le milieu de la rue, ça se vante pour rien. Il joue un peu au caïd. À aucun moment il ne dit qu'il l'a fait. Il n'y a pas d'aveu. Il a été particulièrement crétin de faire ça. Oui, il a appris ce qu'il s'était passé. » Jugement le 23 juin.