Charleroi Un voyage d’étude en Angleterre divise les bourgmestres.

Des bourgmestres qui se refusent à participer à un voyage à l’étranger qu’ils considèrent comme inutile : c’est en région de Charleroi que ça se passe.

Tous les deux ans, le comité de développement stratégique qui regroupe les forces vives de Charleroi-Thuin organise une mission d’étude pour découvrir des projets et bonnes pratiques au-delà des frontières : il y a eu Nantes voici 4 ans, la vallée de la Rhur voici deux ans. L’Angleterre est la destination de 2019, avec trois étapes au programme : Londres, Liverpool et Manchester. Les deux dernières ont une histoire industrielle comparable à celle de Charleroi, il leur a fallu reconvertir leur économie locale.

Quels leviers ont-elles utilisé pour rebondir après le déclin ? Visites d’entreprises, de parcs d’activités, initiatives locales, le secrétariat du comité de développement a élaboré un programme sur 3 jours et 2 nuits. Les 29 mayeurs de la zone ont été invités.

"Ce n’est pas du tourisme à bon compte", insiste le président du CDS Rudy Pirquet, secrétaire régional du SETca. "On ne loge pas dans des palaces, et de manière générale, tous les coûts hormis le transport et les nuitées d’hôtel sont pris en charge par nos hôtes : je pense aux repas et aux visites." C’est que des bourgmestres ont fait savoir qu’ils jugeaient ce projet inutile et coûteux.

À Courcelles, Caroline Taquin s’est fendue d’une réponse peu amène à l’invitation reçue : "J’imagine le travail que l’organisation de ce voyage a engendré pour les membres du personnel, je leur présente mes excuses pour ce qui va suivre car ils ont appliqué ce qui leur a été demandé et je trouve que c’est une perte de temps et d’argent. En effet, je suis perplexe car cela ne cadre pas avec l’éthique et la gouvernance que chaque mandataire se doit d’appliquer en Wallonie et dont tous vantaient les mérites, il y a peu de temps encore. Je suggère ainsi de renoncer à ce projet."

Choquée par la présence dans le programme d’un tour de Londres by night, elle suggère l’idée d’une rencontre des bourgmestres "sur nos terres" plutôt qu’à l’étranger. "Il faut regarder plus loin que le bout de ses chaussures", rétorque le président du CDS. "L’objet de cette mission est de faire un benchmark dans des villes comparables à Charleroi, qui ont été confrontées aux mêmes difficultés. On peut évidemment faire le choix de rester chez soi pour se regarder le nombril mais c’est moins ambitieux." Il l’assure : les frais de ce voyage sont pris en charge, notamment grâce à des subsides wallons dédiés à ce type d’activité. Voyager inspire et enrichit. Les détracteurs qui diraient le contraire sombreraient dans le populisme.