Permettre à un médecin cardiologue ou généraliste de faire un bilan complet de l’activité cardiaque à distance, grâce à un smartphone, le tout en moins de 2 minutes… C’est la performance que la spin-off de l’ULB (Université libre de Bruxelles), HeartKinetics, basée à Waterloo et sur le Biopark de Gosselies, permet de réaliser. C’est, avant tout, le résultat de plusieurs années de mise au point d’une technologie qui s’inscrit dans l’ambition de la petite entreprise de "révolutionner la gestion des maladies cardiaques". Et qui, à présent, s’apprête à produire en nombre et à commercialiser cette application grâce à une substantielle levée de fonds qui vient de se clôturer.

HeartKinetics, c’est en quelque sorte le bébé de Pierre-François Migeotte, cofondateur et CEO de la spin-off. Ce docteur en physique, passionné d’espace et d’évaluation de la fonction cardiaque (entre autres), dont le père était lui-même cardiologue, avait caressé le rêve de devenir astronaute. Si ce dernier ne s’est pas réalisé, ces deux domaines se sont retrouvés à la croisée de ses chemins… Initialement, HeartKinetics a orienté ses activités vers le domaine spatial, et plus particulièrement vers les problèmes d’insuffisance cardiaque que peuvent rencontrer les astronautes lors de leur retour sur terre, en l’occurrence ceux qui séjournent au long cours à bord de l’ISS, la station spatiale internationale.

L’entreprise a toutefois élargi le fruit de ses recherches au plus grand nombre. Non sans raison, explique le CEO dans un communiqué : "Les maladies cardiaques sont souvent diagnostiquées trop tardivement." Autrement dit, trop tard. Dans 40 % des cas, elles sont diagnostiquées aux urgences. L’application d’HeartKinetics se veut un moyen de faciliter le diagnostic, de l’améliorer de façon précoce, en réalisant à distance une évaluation de la fonction cardiaque, sans remplacer les outils du cardiologue mais en l’assistant.

Sur le marché en 2023

Le principe de l’application, c’est de mesurer les microvibrations de l’activité cardiaque à l’aide des capteurs de mouvements des smartphones, mais aussi d’algorithmes d’intelligence artificielle. L’application évalue cinq paramètres, dont le rythme, la force cardiaque et l’hémodynamique. Cela en moins de deux minutes alors que, pour un examen habituel, cela prendrait un jour, voire deux. Les données sont ensuite envoyées au cardiologue pour analyse. Une interface lui permet de consulter l’historique des mesures effectuées par le patient lui-même pour avoir une meilleure vision d’ensemble et poursuivre le suivi. On l’aura compris, cette solution est aussi précieuse en termes de coût des soins de santé et de gestion des consultations.

En 2017, HeartKinetics avait obtenu le prix de l’innovation de l’Association européenne du rythme cardiaque pour son cardiographe Kino, qui était le prototype de l’application. Depuis lors, elle a été testée en milieu médical, avec succès, ce qui lui ouvre la voie de la commercialisation. Jusqu’à présent, la spin-off avait déjà pu bénéficier d’une première levée de fonds de 120 000 €, puis d’un subside de 300 000 € accordés par la Wallonie et le Fonds Erasme. Mais cette fois, elle a levé 3 millions €. Parmi les investisseurs, on trouve l’invest carolo Sambrinvest, BeAngels et Plug and play (États-Unis).

"Ces fonds permettront de passer à une production plus importante de l’application et de l’inscrire dans la chaîne de la commercialisation, y compris faire les démarches pour obtenir les autorisations à obtenir sur les différents marchés où elle sera vendue", indique Éric Poskin, de l’agence de communication e-trust. En Europe d’abord, mais aussi aux États-Unis, au Moyen-Orient et en Asie. Et ce dès 2023, si tout va bien.