L’essayiste est venu en présenter la trame à Notre Maison.

Docteur en sciences politiques et sociales de l’université de Florence, l’essayiste Riccardo Petrella est venu présenter son « pacte de l’Humanité » à l’invitation du mouvement ouvrier chrétien de Charleroi à Notre Maison. Rencontre.

Riccardo Petrella, il y a entre vous et Charleroi une longue histoire…

"En effet. J’y suis venu pour la première fois en 1976 (NdLR : avant la fusion des communes) dans le cadre de l’étude que je menais alors sur la renaissance des cultures régionales en Europe. Il ne faut pas confondre volonté d’autonomie économique et reconnaissance d’identité politique avec nationalisme. A l’époque, la Wallonie était confrontée au déclin de son industrie, cela rendait le sujet d’autant plus intéressant."

Quel regard portez-vous sur le renouveau urbain de Charleroi ?

"Il y a des changements spectaculaires, mais je trouve que le petit ring asphyxie l’hyper centre. Si l’on veut se libérer de la domination de la voiture, il faut se poser des questions sur son maintien. Sa démolition permettrait à la ville de respirer, de prendre de l’envergure. On l’a fait avec le viaduc Herman Debroux à Auderghem, pourquoi pas ici ?"

Quel est l’objet de votre pacte de l’Humanité ?

"Il s’agit d’en finir avec la vision productiviste, utilitariste et financiarisée de la vie. A l’heure de la globalisation, je constate qu’il n’existe aucune véritable assemblée mondiale digne de ce nom, mais juste des institutions internationales dominées par les plus forts. L’exemple de l’ONU est éloquent : chaque membre du G5 a le pouvoir de tout bloquer. Ce n’est pas ça la démocratie, c’est une oligarchie ! Mon projet de pacte de l’Humanité veut instituer des règles pour protéger et promouvoir toutes les formes de vie terrestres ! C’est aussi la mise en mouvement d’un mouvement contre toutes les formes de marchandisation de la vie : cela passe d’abord par l’abolition des droits de propriété intellectuelle sur le vivant !"

Ce pacte ne fait-il pas implicitement de l’Homme le maitre du monde ?

"Non, il en fait le gardien de la sauvegarde de sa propre espèce, qui passe par la reconnaissance des droits de toutes les autres. Savez-vous que cinq fleuves dans le monde viennent de voir reconnue leur personnalité juridique ? Cela est enthousiasmant, il faut continuer dans le même sens."

Quels sont les objectifs du pacte ?

"Etablir un statut des habitants de la terre, en tant que communauté. Cela impose de garantir trois formes d’indépendance : vis-à-vis du capitalisme, vis-à-vis des Etats dont nous ne sommes pas la propriété et vis-à-vis de la technologie dont nous n’avons pas à devenir les victimes. Une petite carte d’identité formaliserait notre engagement personnel à protéger la vie."