À la maison, on ne badine pas avec l'autorité mal placée. Si tout le monde semble ne pas contester les choses, la jeune Sonia (prénom d'emprunt) - elle - entend bien vivre sa vie comme elle l'entend. L'adolescente fréquente des garçons issus d'autres communautés, refuse de s'habiller de la même manière que ses proches, etc. Ce comportement énerve Abdelhamid, le frère aîné, qui impose sa loi à la maison.

Au sein de la cellule familiale, Abdelhamid a pris la place de l'autorité. Une autorité violente. Et pas question de faire un pas de travers, sous peine de se faire punir. Le grand frère, lui-même puni de la même manière par le passé, a reproduit ce comportement ô combien interpellant et violent envers sa sœur. Le 9 mai 2020, cette dernière a été fouettée avec un câble électrique, une méthode utilisée notamment par les Talibans. Les photos montrant les traces sur le corps de la mineure démontrent la violence des coups portés par Abdelhamid. Le câble électrique s'est même cassé.

C'est grâce à une fugue de la victime, le lendemain, que les faits de violence ont été rapportés aux autorités judiciaires. « L'une des sœurs de la jeune fille a alerté la police pour signaler la fugue de sa sœur. Cette dernière se trouvait bien au domicile de sa demi-sœur et elle a confié qu'elle s'était enfuie par la fenêtre parce qu'elle avait été frappée par son frère et que ce n'était pas une première », confie Me Charles, tuteur ad hoc désigné pour représenter les intérêts de la mineure.

Si Abdelhamid est bien poursuivi devant la justice pour les coups sur sa sœur, trois autres personnes sont également poursuivies : il s'agit des trois demi-sœurs de Sonia, suspectées de ne pas avoir porté secours à la mineure, alors qu'elles étaient au courant des violences exercées par l'aîné de la famille. La loi du silence, en quelque sorte. « Certaines étaient au courant des coups, d'autres entendaient des cris provenant du rez-de-chaussée. Mais personne n'est intervenu », déplore le tuteur ad hoc.

Pour le parquet, les quatre proches doivent être sanctionnées via une peine à la hauteur de la gravité des faits. Peine qui permettrait de provoquer, peut-être, une prise de conscience familiale? Jugement le 10 mai.