En période électorale, les acteurs de terrain se tournent vers les politiques.


"Au secours, on a besoin de financements, sinon on risque d’imploser"
: c’est un peu le message qu’on a entendu, hier, à la présentation du bilan hivernal du Relais social de Charleroi. Autant du côté des associations privées, subsidiée ou non, (Rebond, Triangle, Solidarités nouvelles, etc.) que du côté du public avec le CPAS.

La difficulté des acteurs de terrain quand il s’agit d’accueillir les personnes précarisées - SDF, mal logés, personnes seules, sans papiers… - est palpable. Et avec plus de 25 000 "accueils" de personnes, hommes, femmes et enfants confondus, qui ont été comptabilisés en quelques mois seulement (entre novembre et mars), avec à peine 150 000 euros de subsides fédéraux et régionaux, difficile de ne pas les comprendre.

"On y arrive , les résultats d’accueil à Charleroi sont bons", confie un travailleur social, "mais on doit faire avec des bouts de ficelles, en allant chercher un financement par ci, un subside par là, et un don exceptionnel ici. C’est difficilement tenable." Un constat appuyé par Philippe Van Cauwenberghe, président du CPAS : "la précarité ne fait qu’augmenter, et les financements posent problème." Même écho du côté associatif, avec Bernard Gailly du comité de pilotage du Relais social : "trouver des financements, c’est une difficulté grandissante d’année en année. Le public et l’associatif souffrent. Parfois, on indexe nos subsides, mais ça ne suffit de toute façon pas à couvrir les coûts réels de nos actions, et ce coût augmente en plus chaque année aussi. On peut de moins en moins engager, et quand on arrive à trouver un peu d’argent pour un professionnel, il ne reste pas et s’en va avec son expérience, parce qu’on ne peut pas l’augmenter en respectant les barèmes d’ancienneté."

Sur le terrain, tous les regards sont tournés vers les ministres et leurs cabinets. En période électorale, ils écoutent souvent davantage. "On veut plus de concertations avec les échelons de pouvoir régionaux et fédéraux, qu’on nous écoute, et qu’on réponde avec des subsides en adéquation avec les réalités de terrain", précisent les associations.

L'accueil des sans-abri en chiffres

  • Durant la période hivernale, 708 personnes en tout (10.158 nuitées) ont été hébergées en urgence à Charleroi, c’est 5,3 % de plus que l’année passée.
  • Hors températures glaciales (et donc situation d’urgence), les abris de nuit ont dû refuser 660 personnes par manque de place. C’est 27,7 % moins de refus que l’année passée.
  • Près d’un quart de la population accueillie en abri de nuit (25,5 %) n’est pas belge. Certaines personnes n’ont même pas de papiers.
  • Quasi 20 % des sans-abri accueillis durant la période hivernale sont des femmes et des enfants (14,4 % de femmes, 5,5 % d’enfants).
  • Plus de 25.000 accueils ont été enregistrés en cinq mois au Resto du cœur, au Rebond, à Transi-toi, au Relais santé et à l’accueil de soirée de Charleroi.