C'est une instruction d'audience un peu surréaliste qui a eu lieu ce vendredi matin à la 11e chambre du tribunal correctionnel de Charleroi. Seul face au tribunal, sans le moindre avocat, Jérôme ne s'est pas pour autant démonté et a exprimé son opinion sur les neuf préventions que le parquet lui reproche, essentiellement des scènes de violence. Sept d'entre elles concernent des agressions physiques qui ont eu lieu entre 2018 et 2020, du côté d'Anderlues et de Binche, mais aussi à Charleroi. Le quotidien du prévenu semble finalement se résumer à une répétition d'agressions contre sa personne.

Surréaliste, car pour Jérôme, il n'a rien à se reprocher sur les sept scènes de coups et blessures. Pire, le trentenaire semble être injustement du mauvais côté du tribunal et se revendique victime de l'agressivité de ses nombreuses victimes. Ce fut, selon Jérôme, le cas lors d'une scène sur l'un des quais de la gare de Charleroi-Sud où la victime se serait mise en colère après lui. « Il m'avait demandé une cigarette et un briquet. J'ai refusé et il s'est mis en colère et les choses ont dégénéré », explique-t-il avant de confirmer avoir asséné deux coups.

Rebelote le 21 décembre 2019 sur un sexagénaire, à quelques pas de Robert la Frite. « Il est venu en courant vers ma voiture et il a sauté sur mon capot. Il exigeait que je rende la place de stationnement et tapait sur mon capot. J'ai été contraint de descendre de mon véhicule. »

Le justicier, mais sans la cape

Et quand Jérôme tente d'aider son prochain, cela retombe forcément sur lui. C'est ce qui s'est passé le 17 décembre 2018, à Binche. « Le cycliste effectuait des zigzags sur la route, avant de s'embrouiller avec un automobiliste. Je suis sorti de ma voiture et je suis intervenu en sommant à l'automobiliste de remonter dans sa voiture pour éviter tout incident. Ensuite, j'ai attrapé le sac à dos du cycliste pour le remettre sur sa bande de circulation. » Pour en rajouter une couche, Jérôme (sans se vanter, précise-t-il) confirme d'ailleurs que s'il avait bien frappé le cycliste, « il présenterait une tout autre trace sur son visage ». « Je pense même qu'il s'agit d'une fraude à l'assurance », ajoute le prévenu.

Pour d'autres faits, les coups assénés par Jérôme ont fait particulièrement mal. Demandez donc à Michaël, tombé inconscient et victime de convulsions après avoir reçu deux coups de poing par l'automobiliste sur la chaussée de Charleroi à Anderlues. « Je ne me souviens de rien, c'est le trou noir », précise d'ailleurs la victime au tribunal.

Un mépris total pour autrui

Autant les différentes parties civiles que le parquet ont souligné la désagréable attitude du prévenu à la barre, qui n'a fait que rejeter la faute sur les victimes. Même pour les outrages proférés à quatre policiers carolos, Jérôme (qui est en aveu) ose parler « d'un malentendu ». C'en est assez pour la substitute Broucke, qui requiert une peine de minimum 30 mois de prison ferme contre le papa d'une petite fille. Ce dernier a déjà fait l'objet de plusieurs condamnations pour violence, et se trouvait même en délai d'épreuve pour certains des faits après avoir obtenu une suspension du prononcé en juin 2019.

Sans avocat (et sans toge), Jérôme a plaidé tel un conseil ayant préparé son dossier un acquittement pour les préventions contestées et une mesure de sursis pour les outrages à agents. « Mon problème, il est vrai, est que je ne me laisse pas faire et que je ne recule pas quand les gens viennent vers moi pour en découdre », conclut le trentenaire. Jugement début septembre.