C’est donc fait, depuis lundi aux abords de 22 h : un règlement existe à Charleroi, qui a été voté majorité contre opposition PTB-Écolo. Il dit aux apprentis musiciens où, quand et comment, dans quelles limites ils vont devoir, désormais, exercer leur petite musique de jour. Ce n’est pas passé sans encombre ni sans sourire. Faut-il vraiment calibrer en d’aussi strictes mesures quelque chose d’aussi particulier que l’art en rue ? Faut-il tout réglementer ?

Après les banderoles de l’autre semaine, qui appelaient à combattre le règlement sur la mendicité, c’étaient les canotiers des artistes qui formaient une haie d’honneur, lundi, devant le conseil communal, pour poser la question : ceux qui chantent ou jouent en rue méritent-ils cet excès d’honneur ou cette indignité, c’est selon ?

Sofie Merckx (PTB) et Xavier Desgain (Écolo) ont relayé ces interrogations. La petite claviériste du boulevard Tirou doit-elle se faire "enréglementer" ? Et le violoniste de la gare du Sud ? Et l’éventuel joueur de pipeau qui débarquerait ? Et le trio de Péruviens venus ainsi, à l’improviste, peuvent-ils nous amener ici un peu de la musique de là bas sans règlement ?

Xavier Desgain , parlant d’expérience de siffleur, a posé la question : pourra-t-il encore siffler comme il en a la passion dans la rue, sous le coup de ce règlement ? Plus fondamentalement, la question posée par l’opposition est de savoir si le règlement est bien utilement applicable : ne pas jouer avant 10 h ne réjouira plus les navetteurs.

Devoir s’inscrire n’aidera pas les candidats artistes peu ou pas structurés, comme peuvent l’être des artistes. Faut-il vraiment obliger les artistes à être à ce point organisés alors que tant d’autres dans tant de professions autrement plus embarrassantes, ne le sont pas ?

Véronique Salvi (CDH), l’échevine porteuse du projet, a maintenu ferme son texte, comme prévu. On attend avec impatience les prochaines auditions du jury chargé d’entendre les candidats artistes avant de leur octroyer une autorisation temporaire d’exercer. Parmi eux, notamment, un délégué de la police, dont on peut penser qu’il jaugera l’intensité des coups de sifflet. Bon. Rire, c’est rire, mais, comme on dit à Charleroi, etc, etc…