En 2018, c'est une infirmière du PMS qui a qui a recueilli les confidences de la jeune fille. L'employée vient d'être sollicitée pour intervenir auprès de Marie (prénom d'emprunt) par l'établissement scolaire de cette dernière. Depuis quelque temps, l'adolescente semble ne pas être dans son assiette. Face à l'infirmière, Marie affirme que son beau-père « la prend pour une femme. » Geoffrey la tripote et la viole, deux fois par semaine depuis 3 ans. Juste après cette sordide dénonciation, la jeune fille apparaît comme soulagée d'avoir pu vider son sac.

Sur le banc des prévenus devant la 6e chambre correctionnelle de Charleroi, Geoffrey nie en bloc les accusations formulées par l'adolescente. Condamné par défaut à 6 ans de prison pour viol et attentats à la pudeur, le beau-père a formé opposition au jugement et peut enfin s'expliquer sur les dires de Marie. 

D'après lui, il s'agit là d'une vengeance orchestrée par la victime. « Je ne l'ai jamais touché. Je pense qu'elle était jalouse de la fille que j'ai eu avec sa maman. J'avais une très bonne relation avec elle, au départ. Mais la crise d'adolescence et le fait que sa maman lui ait acheté son premier téléphone ont changé la donne », explique l'opposant.

Une rébellion armée d'un couteau

Pour Me Poisson, à la défense, plusieurs éléments présents dans le dossier permettent de conforter la thèse de la vengeance. Tout d'abord, l'absence de témoins des faits rapportés par la jeune fille. De nombreux témoignages rapportent également l'absence de gestes déplacés de Geoffrey envers sa belle-fille. Puis, il y a cette étroite surveillance de Geoffrey par sa famille et sa compagne. « Il a été condamné en 2015 pour des attentats à la pudeur à 2 ans de prison avec un sursis probatoire. Tout le monde était au courant de ça, dont la compagne, qui surveillait étroitement son mari et faisait en sorte qu'il respecte toutes ses conditions. Il n'était que très rarement seul avec sa belle-fille et la fréquence des faits est tout simplement impossible. »

Enfin, il y a aussi ce changement de comportement de Marie dès son entrée dans l'adolescence et son histoire d'amour avec son petit copain. Relation que les parents ne voyaient pas d'un bon œil, surtout le beau-père décrit comme « autoritaire » à la maison. Un acquittement est donc plaidé pour les faits de mœurs par le pénaliste, qui s'appuie aussi sur l'absence de trace de violence sexuelle ancienne ou récente relevée par le rapport médical.

Le 15 mars 2018, Geoffrey admet s'être rebellé sur les policiers venus à son domicile, mais jure ne pas avoir voulu agresser qui que ce soit malgré le couteau de cuisine présent dans sa poche. « J'étais en plein déménagement et j'ai mis le couteau dans ma poche par sécurité pour les enfants. Ensuite, la police m'a demandé de le sortir, avant de me donner des injonctions et de m'asperger de spray au poivre. »

Pour Sandrine Vairon, procureure de division de Charleroi, la peine prononcée doit être confirmée. Non seulement parce que les propos de la victime sont crédibles, mais aussi parce que la personnalité du prévenu est inquiétante (il considère les enfants comme des « vicieux et malhonnêtes ») et que le risque de récidive sexuelle est modéré à élevé.

Jugement le 14 septembre.