Tout Charleroi est venu rendre hommage à "Monsieur Wa".

C’est avec une grande émotion et dans un profond recueillement que plusieurs centaines de personnes ont tenu à être présentes afin d’accompagner Jean-Yves Wargnies dans son dernier voyage.

Il était près de 14h30 ce vendredi quand le corps du carolo bien aimé est arrivé au crématorium de Gilly. De part et d’autre du chemin, des centaines de personnes ont formé une haie d’honneur prouvant, une dernière fois, leur attachement à celui qu’ils surnommaient affectueusement Monsieur Wa, Jean-Cive ou encore Beau-blond. Tous, qu’ils soient connus ou de parfaits anonymes avaient une anecdote à raconter à propos d’un des principaux artisans du renouveau de Charleroi. Si la ville compte des personnalités marquantes, on peut clairement mettre Jean-Yves dans le haut du classement.

En reprenant un café sur une place de la Digue à peine cicatrisée de tant d’années de travaux, il a réinventé la fête et donné ses lettres de noblesse à un quartier longtemps délaissé. Il est venu avec un nouveau concept de café-brocante ou l’art de faire du nouveau avec de l’ancien. Le fait de le baptiser “Chez ta mère” était un témoignage, à la fois de son sérieux et de son second degré. “Chez ta mère était à la fois un refuge, un endroit où il était possible de se poser tranquillement. À d’autres moments, c’était l’endroit où les farandoles duraient jusqu’au bout de la nuit,” raconte, la gorge serrée, un ami.

Depuis son décès, le 3 janvier dernier, c’est véritablement toute une région qui est privée d’un fils, d’un frère, d’ami cher. “Personne n’aurait pensé qu’on nous le retire aussi violemment et subitement. Il incarnait l’humanité dans tout ce qu’il y a de plus positif. Il a fait des choses dans sa vie que certains n’ont même pas osé rêver. Organisateur de fêtes, brocanteur, cafetier, consultant,… Il a été présent sur pas mal de fronts. Bien sûr, il y a eu des pierres sur son chemin mais qu’à cela ne tienne, il les a mises dans son grand sac à dos pour les réutiliser plus tard. Oreille attentive, il ne regardait jamais sa montre quand quelqu’un se confiait à lui. Souvent, il lançait des idées pouvant sembler saugrenues jusqu’au moment où il disait : ça y est, je l’ai fait.”

Autour de Jean-Yves, c’est une famille unie qui, pourtant touchée en plein cœur, n’a eu de cesse de communiquer et de donner espoir à des amis inquiets et en pleurs. La vague de gestes de sympathie et de soutien à la famille était telle que l’hôpital et plus tard le funérarium on été très vite investis par des centaines de personnes, des centaines d’amis. “Je me demande où elles ont trouvé le courage et la force d’avoir le mot juste pour tout qui s’inquiétait pour Jean-Yves. Elles sont un exemple de dignité.”

Aussi généreux et altruiste dans la mort que de son vivant, Jean-Yves n’a pas quitté la terre à tout jamais puisqu’il a offert à 4 personnes ses organes. Cet encouragement à penser à l’autre était très présent dans les mots prononcés par un de ses proches. Celui-ci encourageait chacun à se rendre à la commune afin d’y remplir un formulaire de don d’organes.

Même si sa vie s’est arrêtée brusquement des faits d’un manque cruel d’humanité et de compréhension, la balle qui a atteint le grand blond a touché toute une région faisant même dire “qu’il était la belle plume sur un beau chapeau.”

Le 3 janvier c’est bien Charleroi qui a perdu sa plume mais heureusement elle flottera encore longtemps au gré du vent et elle sera là aussi pour que d’autres écrivent à leur tour une nouvelle page dans le livre de la vie déjà dédicacé par Jean-Yves.​