Soutenez-vous la lutte pour les droits des femmes? Pourquoi c'est important ?

"Je soutiens la lutte pour le droit des femmes parce que j'ai eu une grand-mère qui a dû faire sa place quand elle était jeune dans un monde qui n'était pas facile pour les femmes. Elle s'est mariée dans les années 20 et elle a dû se battre pour exister aux côtés de mon grand-père, chef de société. C'est un exemple pour moi, parce que normalement les femmes s'occupaient des enfants, et basta ! On doit avoir les mêmes droits, mais encore maintenant c'est compliqué et on doit se battre. J'irai soutenir des causes juste, et accompagner les femmes pour certaines choses, mais je n'aime pas les extrêmes. Et dans le féminisme comme dans tout, il y a des extrêmes. Dans mon rôle de bourgmestre, et avant quand j'étais au CPAS, j'étais la première à soutenir les situations injustes : il y a par exemple un homme, que je ne citerai pas, qui m'en veut encore parce que j'ai conduit sa femme chez une assistante sociale pour qu'elle puisse trouver une fuite, alors qu'elle était maltraitée. Ce genre de choses n'est pas normale. Il y a encore du chemin, à certains niveaux, c'est une certitude. Ma grand-mère a probablement cru que les choses iraient peut être plus vite..."

Avez-vous un exemple de difficulté sexiste qu'il a fallu surmonter pour arriver où vous en êtes ?

"Tant que je n'étais pas au premier plan, c'était plus facile de gérer. On considère parfois encore que la place d'une femme est à la maison, se lancer n'a pas été évident au niveau familial, mais j'ai eu la chance au début d'avoir quelqu'un qui a respecté tout ça. Quand je suis arrivée au premier plan, j'ai eu du soutien de la plupart des bourgmestres masculins, mais il y en a un qui s'est montré misogyne. Et j'ai dû faire ma place. Il m'a dit, un jour : "les femmes en politique c'est comme le sel sur les frites. Il en faut un peu mais pas de trop", ça dit déjà tout. Quand les choses ne sont pas justes, je me bats bec et ongles : pendant longtemps, je me suis contentée de le remballer, mais une fois j'ai trouvé une belle citation à lui renvoyer: "la femme est comme le sel, sa présence peut ne pas être remarquée mais son absence rend la vie fade". Il ne m'a plus fait de remarques. Un autre exemple qui m'a frappé, même si ce n'est pas moi directement, c'est mon échevine des Travaux. Un chef de chantier lui a fait plusieurs remarques, au début, parce que c'était une femme..."

Avez-vous eu l'impression de devoir faire plus de sacrifices, de devoir plus prouver vos compétences, de moins avoir droit à l'erreur ?

"Oui, j'en suis sûre. C'est encore dans la mentalité collective, je pense. C'est quelque chose que j'ai ressenti surtout au départ, et de temps en temps je le ressens encore même aujourd'hui. En plus, je suis kiné, un boulot qui n'a rien à voir avec la politique. Donc j'ai dû faire mes preuves et montrer de quoi j'étais capable. Il faut se battre. "

Au quotidien, êtes-vous entourée d'hommes ?

"Oui, totalement. J'aime avoir des collègues féminines dans ce milieu d'hommes, parce qu'on apporte un autre ressenti et une autre vue, c'est important. Quand il y a des recrutements d'agents ou de hauts fonctionnaires à Montigny-le-Tilleul, j'ai voulu qu'il y ait toujours une femme au moins dans le jury... Parce que dans les communes, il n'y a pas beaucoup de femmes, en tout cas aux échelons les plus élevés."

Après l'entretien, Marie-Hélène Knoops nous a recontacté, avec une citation : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant" - Simone de Beauvoir.