Dans une interview accordée à Sudpresse, le bourgmestre de Thuin, le socialiste Paul Furlan, a annoncé sa démission.

A 57 ans, Paul Furlan a été bourgmestre de Thuin pendant près de 20 ans. Aux dernières élections communales, il réalise un gros score. Mais aussi le second score wallon à la Région, ce qui le poussait à déclarer en mai 2019: "j'ai pris conscience de l'importance de mon score [...] les circonstances ont changé." Et il se chuchotait qu'il cherchait de nouveaux défis personnels.

C'est désormais officiel : Paul Furlan a rendu son écharpe de bourgmestre. Il deviendra conseiller communal le 24 mars prochain, et laissera sa place de bourgmestre à Marie-Eve Van Laethem. L'ancien ministre des Pouvoirs locaux jusqu'en 2017 continuera par contre à siéger comme député wallon et compte bien se faire entendre au parlement. Interview.

- Pourquoi cette décision d'arrêter votre mayorat?

"Quand je suis arrivé en politique, on était jeunes et fougueux, on voulait envisager la vie politique autrement, on se sentait ralentis par nos aînés. Et on s'était dit, à l'époque, que les générations futures devaient pouvoir, elles aussi, accéder à la politique. Et puis les années ont passé... J'ai aujourd'hui 57 ans, une superbe équipe à Thuin, je ne vais pas leur dire : attendez dix ans que j'ai fini. Il faut que la gestion de la ville soit portée par un souffle nouveau, qui parle aussi à la génération qui est la leur, celle des 30-35 ans."

- Et là, vous êtes prêt à "passer le flambeau"?

"Je préfère sortir avec un bilan qu'être poussé vers la sortie. J'estime avoir fait du bon boulot : on parle de Thuin ailleurs, on a rénové pas mal de choses comme la Maison Communale, le Beffroi, on a participé à la reprise de l'Abbaye d'Aulne. Et on a aussi été à l'avant-garde de la gouvernance sur beaucoup de sujets : pas de cumul entre échevinat et intercommunales, des conseils communaux de quartier avec des budgets participatifs. On a aussi été commune pilote pour le PST, (Plan stratégique transversal), on a lancé la réduction des temps de travail. Enfin, la ville était quasiment en faillite quand je suis devenu bourgmestre et on a remboursé nos dettes, jusqu'à pouvoir dégager un boni aujourd'hui. On a lancé Imagine Thuin aussi, etc. En termes de bilan, je ne veux pas être le coureur qui fait la course de trop. "

- Pourtant, c'est vous que l'électeur a choisi pour Thuin, l'année dernière.

"L'électeur a choisi une équipe, que je symbolise, que je matérialise, mais il a choisi une majorité, en fait. J'estime que c'est le bon moment pour moi de sortir de la gestion communale. Je le fais sereinement, et sans m'enfuir : je resterai conseiller, probablement chef de groupe, mais je ferai aussi le relais en tant que député wallon, à la fois pour ma commune et pour ma région. Ce n'est pas trahir l'électeur, je n'ai d'ailleurs jamais fait de grosse campagne personnelle, j'ai fait campagne pour l'équipe socialiste de Thuin. Ce que l'équipe m'a toujours bien rendu en me donnant le rôle de leader. Je ne veux pas que Thuin devienne comme Cuba ou ailleurs, il faut donner sa chance aux jeunes."

- C'est un premier pas vers la retraite? 

"Absolument pas. Je vais me réinvestir au parlement, avec l'expérience que je peux apporter dans certains dossiers: la démocratie locale, les finances communales, la fiscalité immobilière... Il y a du travail à faire au parlement, et je ne m'interdis pas d'avoir d'autres ambitions aussi. A 57 ans je veux des nouveaux challenges, me fixer des nouveaux défis, et celui de Thuin n'était plus pour moi... risqué, en fait, et une vie sans risque c'est une vie sans sel et sans piment. En termes de voix de préférence, à Thuin, je serais encore bourgmestre à 150 ans si ça continue. Et ce n'est pas très démocratique de mon point de vue."

- Et pour Charleroi Métropole ?

"J'ai proposé à la Conférence des Bourgmestres de continuer à m'y investir bénévolement. Je l'ai incarnée, j'ai aidé à la lancer, et il y a des gros enjeux qui se profilent sur la région de Charleroi Métropole. Je mets donc ma présidence à leur disposition, nous avons une réunion mercredi et s'ils veulent que je reste, je resterai. Mais au-delà de ça, je trouve en tout cas qu'il y a aussi de quoi faire au parlement sur les décrets portant sur les "ensembles de communes". Et avec mon expérience de la Conférence des Bourgmestres, je pourrais sans doute porter ce modèle de communauté urbaine au Parlement."

- Cette démission, c'est aussi une façon de parler du décumul? 

"Je suis partisan du décumul intégral, je l'ai voté dans ma fédération, mais ce n'est pas passé... donc je ne l'ai pas appliqué. Mais je ne veux pas que ma démission soit le symbole du décumul, pas du tout. Je l'ai défendu âprement, mais dans ce que ça peut apporter à la modernisation de la politique locale : on peut par exemple revaloriser les conseillers communaux, diminuer le nombre d'échevins, augmenter leur rémunération aussi. Parce que si, dans les petites communes où un salaire d'échevin ne suffit pas à bien vivre, on n'attirera plus les talents. Attention, je ne dis pas qu'il faut que ça coûte plus cher pour attirer les talents, mais que ça soit plus moderne, et plus passionnant. La gouvernance qu'on a aujourd'hui dans les communes, c'est celle du 19eme siècle : signer des registres, subir le contrôle de la tutelle, etc. Il y a un vrai travail de modernisation à faire, et le décumul est un des axes de ce travail."