Ce pédiatre de 52 ans, son épouse et au moins deux de leurs enfants ont été touchés par le virus. Il témoigne.

Philippe Lannoo est conseiller communal MR à Thuin, mais il est surtout pédiatre. A 52 ans, il a été testé positif au coronavirus il y a seize jours. Il s'en remet doucement, et reprend de plus belle les consultations par téléphone.

Comment c'était, d'avoir le coronavirus?

"Les premiers symptômes, ça a commencé par des maux de tête importants, mal aux muscles... mal partout, en fait. Puis des maux de gorge, une toux, et progressivement de plus en plus de fatigue. Même le fait de se lever représente un exploit, dans ces cas-là. J'ai perdu 5 kilos en 15 jours : il faut savoir qu'on ne mange plus, parce qu'on n'a plus le goût de rien et qu'on est faible. Et puis il y a cette toux, dès qu'on parle un peu longtemps. Même dès qu'on se lève pour essayer d'aller dans le jardin, la toux arrive. Par ma profession, j'avais un appareil de saturation, pour voir si mon sang était bien oxygéné. En général, c'était assez bon, même si le soir ça devenait un peu plus difficile, avec comme un poids, une barre, sur le thorax. Mais pas de quoi aller à l'hôpital. Et puis un jour j'ai fait un pic de température, un seul. Là j'ai décidé de faire mon frottis et j'ai eu les résultats : positif."

Et votre famille?

"J'ai 52 ans, ma femme est un peu plus jeune mais elle n'a pas pu être testée puisqu'elle ne fait pas partie du corps médical. J'ai deux enfants, ado et jeune adulte, qui ont eu des symptômes aussi. Le troisième enfant par contre l'a probablement fait aussi de manière asymptomatique. Je pense que c'est ça qui a circulé, vu que je l'avais, vu la contagion de ce virus et vu le fait qu'on ait tous les cinq vécu en confinement ensemble trois semaines."

Aujourd'hui, ça va mieux ?

"J'en suis au seizième jour. Depuis vendredi, ça va mieux, même si je ne suis pas en grande forme. Avec ma femme, on avait pourtant une bonne condition physique : on courait allègrement 15 à 20 km deux à trois fois par semaine, moi j'ai souvent fait des semi-marathons. Donc ça touche aussi les jeunes, ça touche aussi les gens en bonne santé. J'ai même un ami aux soins intensifs, alors qu'il n'était pas non plus à risque. Et il a avec lui des autres personnes, parfois très jeunes. Chez moi, heureusement, tout le monde va mieux."

Que pouvez-vous dire aux gens qui ne respectent pas le confinement?

"Que ça me révolte. Quand je vois que certains banalisent les mesures, ou essayent de les contrecarrer. Ce n'est pas seulement incivique, mais c'est assassin. Ce sont des assassins en puissance, peut-être qu'eux n'auront pas de complications, et encore ce n'est pas garanti, mais ils vont surtout contaminer des autres, qui eux vont se retrouver aux soins intensifs. Et ça, c'est inacceptable. Et ça met à mal le système de santé, alors qu'on essaye de réduire le nombre d'hospitalisations en étalant la contamination dans le temps, pour éviter de surpeupler les hôpitaux et que là-bas, ils doivent finir par choisir qui ils sauvent et qui ils ne sauvent pas. Ceux qui ne font pas attention vont tuer des gens."