Charleroi Il y a deux fois plus de patients atteints aux reins à Charleroi qu’à Bruxelles.


Charleroi et le Hainaut tiennent le triste record du nombre le plus élevé de nouveaux patients à prendre en dialyse. En 2016, 292 patients "incidents" ont été pris en dialyse par million d’habitants dans le Hainaut… contre 140 à Bruxelles. Bref, plus du double alors que la région bruxelloise, forte de ses 185 nationalités, qui semble pourtant similaire en matière de précarité. Le docteur Serge Treille, néphrologue (spécialiste des reins, NdlR) au CHU de Charleroi, tire la sonnette d’alarme.

Deux fois plus qu’ailleurs, il y a une raison ?

"C’est triste, et probablement dû à des facteurs socio-économiques. Dans le Hainaut, on a déjà 3 ans d’espérance de vie en moins, et la précarité amène à des problèmes d’accès aux soins, mais aussi d’obésité, de consommation d’alcool et de tabac, de plats préparés tout faits chargés en sel, pas assez de sport… Tout ça, ce mode de vie non sain, peut amener à devoir faire de la dialyse. Et là, c’est trop tard. On ne veut plus être recordmen belges. Il faut prévenir les gens."

C’est quoi, d’abord, la dialyse ?

"Il faut savoir qu’il y a, en Belgique, 14 000 personnes qui ont des problèmes liés aux reins. La moitié a reçu des transplantations, l’autre moitié doit faire des dialyses. On en a 320 en ce moment au CHU de Charleroi, on est le plus grand centre en Belgique. En gros, la dialyse, c’est quand il faut qu’on intervienne pour remplacer les fonctions du rein. Comme la régulation de la tension, la transformation de vitamines D, la détoxication du sang, l’équilibrage de l’eau et des ions dans le corps, et la sécrétion d’hormones qui permettent de créer des globules rouges."

Dans les films, il y a des machines, ça tourne et lave le sang.

"C’est une des façons de faire une dialyse, oui. C’est ce qu’on appelle l’hémodialyse. Ca se fait en centre hospitalier, avec une machine qui permet de filtrer et nettoyer le sang. Mais ça coûte 60.000 euros par an, parce qu’il faut un docteur en permanence, des infirmières, et des urgences à proximité pour pouvoir réagir : ce sont souvent des patients qui souffrent d’autres maladies aussi, comme l’hypertension ou le diabète. Maggie De Block souhaite qu’on arrive à 40 % de méthodes alternatives, à savoir la dialyse péritonéale et l’autodialyse. La première, c’est passer par le ventre du patient pour lui injecter du sérum physiologique à base d’eau, qui va filtrer le sang. C’est plus long, mais on peut le faire soi-même et chez soi. La deuxième, c’est aussi dans des centres, mais sans présence médicale. Le patient prend en charge sa propre dialyse. Il y a du positif, parce que le patient peut adapter lui-même ses horaires."

Ce sont des traitements lourds. On peut les éviter ?

"À part en cas de problèmes génétiques ou à la naissance, oui. Il faut surveiller sa tension, son poids, son cholestérol et sa glycémie. Éviter la malbouffe, le tabac, manger moins salé et faire du sport. Si on est attentif et qu’on détecte un problème assez tôt, on peut vivre toute sa vie sans dialyse, juste en adaptant son mode de vie pour le rendre plus sain. Du côté des docteurs, on doit aussi leur dire d’éviter autant que possible les anti-inflammatoires et autres médicaments dangereux pour les reins."


En vidéo: le docteur Serge Treille explique le fonctionnement d'une hémodialyse.