Pour débuter son réquisitoire, le substitut Verbrigghe a tenu à rappeler le pedigree des trois gaillards assis sur le banc des prévenus de la salle 259 du palais de justice de Charleroi. À eux trois, on comptabilise 57 ans de prison ! Ce chiffre impressionnant démontre que les différentes victimes de ce dossier complexe ont fait face à des pros des vols avec violence.

D'après le parquet, le trio a principalement ciblé des bijoutiers en 2016 et 2017. Il y a eu l'attaque de la bijouterie Samaris à Perwez, le 29 mars 2016. Une employée et le gérant ont été menacés par des suspects, armés et cagoulés et qui cherchaient de l'or et le coffre du commerce. Quinze jours plus tard, un second fait étrangement similaire est commis dans une bijouterie à Ninove. Trois personnes, dont une cliente, ont été enfermées dans l'arrière-boutique. Butin : plus de 285.000 euros, excusez du peu !

Les autorités judiciaires relient les deux faits, grâce à de nombreuses similitudes. « Il y a d'abord le véhicule Mini-Cooper utilisé par les voleurs, qui correspond à la voiture volée lors du premier braquage. Puis, dans le lot, il y a ce grand auteur qui parle et donne les ordres aux victimes. C'est le même pour les deux vols. »

Le gérant du Nirvana Bar agressé chez lui

Un troisième vol, avec une prise d'otage, éclate le 27 octobre 2016 à La Louvière. Cette fois-ci, c'est au domicile d'une employée que les malfrats passent à l'attaque.

Mi-novembre, une tentative de vol au sein d'une bijouterie gerpinnoise échoue. Trois jours plus tard, le dernier vol est commis sur le gérant du Nirvana Bar, qui rentrait à son domicile avec la recette du jour. Face à la justice, Salvatore R. assume ce dernier vol. « On l'a menacé avec un complice et il s'est jeté à terre. On lui a ligoté les mains et reparti à pied avec la recette (2.500 euros) », confirme le quinquagénaire.

Des écoutes interpellantes

Pour le parquet, le trio formait bien une association de malfaiteurs. Des écoutes interpellantes prouveraient la culpabilité de Salvatore R. « Il a donné des détails sur certains vols que seuls les auteurs pouvaient connaître. Il y a aussi eu ces SMS échangés entre les compagnes de Salvatore R. et d'Alessio C. prévoyant des rendez-vous. Il a dit qu'il avait commis les faits de Lambusart avec un certain « Alex ». Et le second prévenu est connu dans le milieu par ce surnom. » « Je me suis vanté auprès de mon fils alors que j'avais eu ces confidences de la part d'autres personnes lors de soirées. Vous savez, j'ai même dit que je connaissais l'un des tueurs du Brabant. C'était pour frimer », se défend Salvatore R.

Alessio C. admet avoir fréquenté le premier prévenu durant un certain temps, mais jure n'avoir participé à aucun des vols avec violence. Le jeune Ali A., vingt ans de moins que les deux autres prévenus, ne comprend pas ce qu'il fait là. « Il faut arrêter de me coller des faits que je n'ai pas commis. Je ne les connais même pas. » Une peine de minimum 15 ans de prison est requise contre Salvatore R., connu depuis 1992 pour des faits similaires. Minimum huit années sont requises contre Alessio C. et une peine de minimum 10 ans de prison contre Ali A., lourdement condamné pour un seul braquage à 15 ans de prison.

Les trois avocats à la défense ont plaidé la clémence pour Salvatore R. et un acquittement pour les deux autres prévenus. Jugement le 25 mai.