Que s'est-il passé la nuit du 29 octobre 2019 entre Sylvain et Marion (prénoms d'emprunt) ? La réponse à cette question a été débattue durant plus d'une heure, ce mercredi matin, devant la 6e chambre du tribunal correctionnel de Charleroi. Comme de coutume dans un dossier de viol, ce fut la version de l'un contre la version de l'autre. D'un côté, la sœur narre une agression sexuelle alors qu'elle se trouvait en état d'ivresse. C'est grâce à des flashs, survenus pendant la nuit, que la jeune femme a pris conscience de la gravité des faits. « Elle a vomi durant son sommeil et a retrouvé ses esprits vers 3h du matin. Et là, elle a eu des flashs où elle revoyait son frère sur elle, en train de la violer », confie Me Rooselaer, partie civile.

L'avocate a également rappelé l'attitude particulière du prévenu et frère de la victime, juste avant les faits. « Il lui a posé des questions sur sa vie sentimentale et sexuelle. Et que dire du SMS envoyé à la victime : « purée, j'ai envie maintenant avec ce que tu viens de me lâcher » ».

Une nouvelle version, à l'audience

Dans l'autre camp, Sylvain conteste fermement tout acte de pénétration et de viol sur sa frangine qui l'a recueilli à son domicile à la suite d'une séparation sentimentale. D'après le frangin, c'est même elle qui a adopté une drôle d'attitude. « J'avais fumé un joint et elle avait bien bu quand elle est rentrée vers minuit. C'est la première fois que je la voyais comme ça. Elle était bizarre, elle s'est levée du fauteuil et elle a entrepris des choses. Elle a commencé à me toucher, elle a baissé son pantalon. Elle a pris ma main pour l'approcher de son sexe, j'ai retiré ma main. Elle est revenue vers moi, elle a voulu baisser mon pantalon de training. Elle s'est assise sur moi et je l'ai repoussée. Pour moi, il n'y a pas eu de pénétration. »

Ces propos tenus par Sylvain étonnent le substitut Bury, puisque le prévenu avait précédemment reconnu un acte de pénétration sur la victime et admis qu'il était en érection. Le parquet a, durant son réquisitoire, rappelé l'état de vulnérabilité de la victime vu sa consommation de boisson. « Vu son état, elle n'était pas capable de consentir à quoi que ce soit. Comment parvient-elle à enlever ne fut-ce que son pantalon et comment parvient-elle à prendre la main du prévenu de force ? Cette version me paraît peu crédible », estime le substitut Bury.

Ce dernier considère que Sylvain a bien commis un inceste en violant sa sœur, également en se basant sur la présence de chromosome Y retrouvé sur la culotte de la victime et appartenant au prévenu. Une peine de minimum 4 ans de prison est requise.

La position de Me Luambua, avocat du prévenu, est claire : il n'y a pas eu de viol et la version de la victime n'est pas la plus claire. « Il y a eu des variations. Sa maman confirme qu'elle ment tout le temps et qu'il faut prendre ce qu'elle dit avec des pincettes. » La présence du chromosome Y de Sylvain correspond à sa version des faits et des deux contacts qui ont eu lieu. Un acquittement est sollicité. Jugement pour le 29 juin.