Le docteur Dan Gusu, intensiviste du Grand Hôpital de Charleroi (GHdC), a accepté de répondre à nos questions suite au tragique décès de la jeune Maëlle, 17 ans, morte d'un choc toxique jeudi dernier suite à l'utilisation d'un tampon.


Le médecin prévient tout de même qu'il ne commentera pas ce cas particulier, secret médical et devoir de réserve oblige, mais qu'il accepte de prendre la parole pour expliquer un fait médical.

- Docteur Dan Gusu, qu'est-ce qu'un "choc toxique" ?

"Il faut d'abord préciser que le choc toxique n'est pas une pathologie féminine. C'est une réaction immunitaire à la présence d'un microbe dans le sang, les hommes et tous les êtres humains peuvent être concernés. Le tampon en lui-même n'est pas en cause, on peut avoir un choc toxique avec une coupure ou après une opération chirurgicale. L'absence d'anticorps et la présence d'une grande quantité de microbes sont la cause d'un choc toxique. J'ajouterai aussi que les fabricants de tampons, peu importe la marque, décrivent parfaitement les symptômes et les risques dans la notice d'utilisation des protections."

- C'est décrit dans la notice, précisez-vous, c'est donc connu. Mais est-ce un phénomène rare ?

"C'est très rare. Un choc toxique lié à un tampon, je crois que c'est vingt cas recensés en France, donc sur soixante millions d'habitants, l'année passée. Par contre, le taux de mortalité après un choc toxique, lui, est très élevé. Peu importe ce qui a mené au choc toxique lui-même."

- Est-ce un diagnostic difficile à poser, surtout en cette période de gastro-entérite ?

"Oui, la rareté combinée au fait que le choc toxique mime bien les symptômes de la gastro-entérite rend le diagnostic difficile. Ca ne m'étonnerait d'ailleurs pas que certains médecins généralistes n'aient jamais vu de cas de choc toxique."

- Dans quelles circonstances un choc toxique lié au tampon peut-il se produire ?

"Je rappelle d'abord que ça peut aussi se produire avec une coupure, ou une opération médicale. C'est la présence de microbes et l'absence d'immunité du patient qui joue. Et nous vivons tous avec de très nombreux microbes sur nous. Pour les protections hygiéniques plus spécifiquement, c'est lié à l'utilisation du tampon, de la cup, d'une éponge, d'un diaphragme... peu importe le dispositif, s'il est intra-vaginal. Prenons un exemple : après un rapport sexuel un peu mouvementé, il peut y avoir une légère coupure dans le vagin. Et puisqu'il y a des microbes dans le vagin, comme à beaucoup d'autres endroits, quelques staphylocoques peuvent entrer dans le sang. Ce n'est pas négatif, votre organisme peut alors développer des anticorps. Mais si vous mettez un tampon sans le changer régulièrement, il va se gorger de sang. Et l'accumulation de sang, plus la chaleur, vont mener à une prolifération des microbes. Et là, ce seraient plutôt des millions de staphylocoques qui peuvent entrer dans l'organisme, ce qui est bien plus dangereux. Enfin, je dis staphylocoque, en fait ça peut être un des quatre ou cinq super-antigènes, comme on dit. Le staphylocoque est simplement un des plus courants."

- Il n'y a donc pas de "risque zéro". Mais que peut-on faire pour limiter les risques ?

"Il faut déjà utiliser correctement les protections hygiéniques en fonction des prescrits du fabriquant. Un tampon se change généralement toutes les 4 à 6 heures, c'est écrit dans la boîte, vérifiez. Il faut se laver les mains avant et après avoir mis un tampon. Il faut vraiment, je pense, sensibiliser les gens à ce sujet. L'utilisation nocturne d'un tampon peut présenter un problème, par exemple. Parce qu'on dort plus que 4 à 6 heures, d'habitude. Mettre un réveil pour changer son tampon, ou utiliser une serviette absorbante ou une culotte de règles, par exemple, est une chose à faire. Tant que le dispositif n'est pas intra-vaginal, c'est déjà bien plus sûr. Je vais illustrer : de manière générale, une des causes de mortalité les plus importantes sont les accidents de voiture, et pourtant on est très nombreux à en utiliser une tous les jours. Pourquoi ne meurt-on pas? Parce qu'en respectant les limitations de vitesse, en s'assurant que nos freins sont en bon état, et autres, on réduit les risques. C'est la même chose."

- Est-ce que le "tabou" des règles, c'est un sujet ?

"J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus d'ouvertures sur la question, chez les jeunes. C'est un sujet qui doit de toute façon être à l'ordre du jour des cours d'éducation sexuelle. Il faut sensibiliser la population à la bonne utilisation des protections, et à la détection des premiers signes de chocs toxiques aussi, qui s'apparentent à ceux de la gastro-entérite, avec un petit symptôme en plus : l'apparition de rougeurs."