Samedi dernier, le 19 mars, un jeune spécimen de passage à Virelles a semé la zizanie parmi les autres oiseaux du site. "Il a semé l’effroi parmi les oiseaux aquatiques, canards, cormorans, aigrettes, hérons et cigognes présents aux bords de l’étang de Virelles. Les plus grands d’entre eux n’ont pas hésité ensuite à le houspiller, incitant le Pygargue à poursuivre sa route après une vingtaine de minutes passées sur le site", indique l'Aquascope.

Christian De Mori, un passionné qui ce jour-là était venu photographier la faune de la réserve, a été le seul témoin de l'événement. "Un vent d’est piquant refroidissait un peu l’enthousiasme des visiteurs. J’étais occupé à essayer d’identifier des oiseaux posés au loin sur les vasières. Un groupe de grandes aigrettes, invisibles jusqu’alors, s’élève tout à coup devant moi. Les canards colverts et pilets prennent leur envol, les cormorans forment des escadrilles pointées... face à un nouvel arrivant venu de l’est... Un pygargue à queue blanche ! Midi allait sonner. L’immense rapace sème la panique chez les cigognes et il pourchasse même un héron qui s’en sort de justesse. Vers 12h15, l’aigle quitte le site vers l’est et disparaît lentement au-dessus des bois. Le calme revient aussitôt au bord de l’étang", raconte-t-il, mettant ses clichés à disposition de la réserve naturelle.

© Un spécimen photographié en Norvège, en 2018 - CC-BY 4.0 / Christoph Müller (http://www.christophmueller.org)

L'enquête ouverte par le conservateur, rejoint par Natagora, a permis de déterminer qu'il s'agit en fait de Lepelaarsplassen: c'est le surnom de ce pygargue né dans la bourgade du même nom à quelques kilomètres d'Amsterdam, en 2019. Le volatile est balisé : le portail néerlandais Zeearenden montre qu'il parcourt depuis un mois les côtes du nord de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. Et ces derniers jours il a coupé dans les terres, survolant Bruxelles et Charleroi, avant d'être aperçu à Virelles, dans la Botte du Hainaut, par le photographe amateur. Ce jeudi, il se trouvait à hauteur de Troyes, en France, d'où il était parti il y a un mois tout pile.

"Pendant son parcours erratique, ce rapace encore immature découvre des endroits qui seront peut-être un jour propice à sa nidification. Cette espèce, surtout présente dans le nord et l’est de l’Europe, niche sur les côtes et près des fleuves et des grands lacs. Elle se nourrit de poissons et d’oiseaux aquatiques mais est aussi charognarde. Son envergure est impressionnante, avec des ailes larges nettement digitées. Son bec jaune est énorme ! Il faut 5 à 6 ans pour que ce rapace devienne mature et acquière un plumage parfait d’adulte, avec une queue d’un blanc pur", précise encore l'Aquascope, qui espère revoir rapidement Lepelaarsplassen ou un de ses congénères dans l'Entre-Sambre-et-Meuse.

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