"On le sait, et c'est peut-être à cause de la réputation qui nous colle à la peau - parfois méritée, je ne dis pas - mais on a parfois l'impression qu'on nous oublie, qu'on est mis de côté" , note Anthony Mastrovalerio, le président wallon de l'Union des Industriels Forains Belges (UIFB).

Confinement oblige, c'est près d'une cinquantaine de foires qui ont été annulées, partout en Belgique. "Il faut que la propagation du virus s'arrête, on est tous d'accord" , note-t-il. "On ne se plaint pas des mesures de confinement, c'est normal. Mais il ne faut pas oublier que derrière, il y a des indépendants qui sont sans revenus. On a beaucoup parlé de l'Horeca, des bars, des restaurants. Mais on oublie parfois les forains : nous, on n'a aucun revenus en ces temps de crise, alors que les frais et crédits continuent de courir. Pour certains, c'est très difficile. C'est une catastrophe financière sans précédent, et comme d'habitude on manque de considération."

Il ne veut pas trop se plaindre, parce qu'il est conscient que le confinement touche très durement de nombreuses autres activités, mais il a des exemples concrets pour étayer ses propos. "On a parlé de droit passerelle pour les indépendants qui doivent arrêter leur activité : le ministre Ducarme m'a confirmé que pour la première fois, on aurait droit au revenu passerelle! Mais pour les mesures wallonnes, on n'était pas dedans. Heureusement, le cabinet Borsus nous a confirmé qu'on aurait droit aux aides de la Région après la deuxième lecture du texte. Mais il faut aussi se rappeler que les aides, c'est génial pour garder la tête hors de l'eau, mais ça ne suffit pas à remplacer nos revenus perdus bien sûr."

Autre exemple : "un peu partout, on nous prévient que les foires sont annulées. C'est normal, je le répète. Mais à Charleroi par exemple, on n'a officiellement aucune info pour l'annulation de la Foire de Pâques, qui est dans deux semaines. On se doute bien que c'est annulé, bien sûr, mais bon. On ne veut pas non plus charger la Ville de Charleroi, mais on est dans le vague..." Du côté du cabinet de l'échevine des Fêtes Babette Jandrain, à Charleroi, on confirme qu'aucune décision officielle n'a été prise : "mais ce n'est pas un oubli, loin de là. On a contacté les forains avec qui la Ville organise la foire il y a quelques jours : on doit attendre de voir comment se positionne le fédéral pour prolonger les mesures après le 5 avril. On se prépare donc à annuler, avec les attestations nécessaires pour que les forains aient justement droit aux aides financières, mais si la Ville prenait unilatéralement la décision d'annuler la foire, on n'est pas sûrs que les forains auraient les aides si, à un échelon supérieur, les décisions ne sont pas prises aussi. On attend également, parce qu'il faut faire ça bien."

Encore un exemple? Bien sûr : "Même hors crise, ce genre de choses arrive, mais ici c'est encore plus flagrant" , nous dit le forain. "Quand on fait des travaux ou qu'on reporte une foire, on a l'impression que les villes et communes se disent : bah, on va repousser ou déplacer les forains. Mais c'est toujours en dernière minute, alors qu'on a plein de contraintes logistiques et un calendrier déjà bien chargé. Ici avec le confinement, on nous dit : on postpose telle ou telle foire... sauf qu'on ne peut pas se dédupliquer et être à plusieurs endroits en même temps. Bref, je trouve que c'est un manque de considération... Je ne dis pas que tout le monde est mauvais envers nous, loin de là, mais c'est parfois difficile, il faut s'en rendre compte."