A l'Institut Sainte-Marie de Châtelet, Fabienne Svaldi et Nathalie Estorez sont respectivement directrice et sous-directrice pour les sections d'humanité.

Si on compte peu de duos entièrement féminins dans la région, les deux responsables d'établissement ne se posent pas la question de la plus value d'une telle organisation. "Oui nous sommes des femmes et notre boulot c'est de faire tourner l'école dans le respect de chacun. Nous sommes jugées sur nos compétences et non sur notre notre genre," expliquent les deux responsables. La directrice est aussi le chef de l'établissement où travaille son mari, et tout se passe bien à l'école et à la maison.

Pour elles, il n'y a pas de manque de respect ni de revendications spéciales du fait qu'elles sont femmes. Avec 16 hommes dans l'équipe pédagogique sur 70 professeurs, il est clair que le ton est donné. "On n'attend de nous des résultats et un encadrement humain des élèves." Pour elles, il y a peut-être une différence dans la gestion des problèmes des élèves. "Nous sommes déjà très complémentaires et croyons beaucoup au dialogue avec les élèves et les professeurs. Nous pensons que certes il faut un règlement général mais il faut laisser de la place aux jeunes. La période est déjà compliquée pour eux et si il faut appliquer strictement des règlements le développement des jeunes s'en trouve aussi plus compliqué." 

Pour exemple, les responsables évoquent les tenues vestimentaires et la notion de "décence". "Nous avions des panneaux avec ce qui était autorisé et interdit. Nous nous sommes rendus compte qu'il y a un déséquilibre entre les garçons et les filles. Elles doivent penser à ne pas avoir de décolletés, de jupe courte ou des blouses dont on voit le ventre tandis que les garçons il n'y a pas vraiment de demandes. En ce qui concerne les pantalons à trou cela concerne tout le monde. Pour ce genre de prise de décision nous parlons avec le conseil des élèves pour avoir un point de vue que nous, adultes, n'avons peut-être pas. Il nous arrive de changer nos positions suite à ces rencontres d'ailleurs. Ce qui dérange un adulte n'est pas vu comme tel par les jeunes. Nous devons avoir conscience que les jeunes sont déjà en recherche d'identité et nous devons les accompagner dans cette construction. Une élève était pointée du doigt pour sa couleur de teinture de cheveux, nous l'avons convoquée et, à juste titre, elle a fait valoir ses excellentes notes et que sa couleur de cheveux n'avait rien à voir avec un mauvais comportement. Il est clair que tous ne sont pas mis à se teindre les cheveux après."

Pour le duo c'est le principe de la décence qui prime. "Nous veillons tout de même à ce que les filles comprennent ce qu'elles font et l'impact que cela peut avoir sur d'autres."

Pour l'équipe éducative, il ne faut pas stigmatiser les filles, les garçons sont tout aussi bien encadrés et sont parfois tout autant perdus dans les contacts avec les filles. "Avec les masques, on perd déjà une bonne partie de la communication mais s'il faut marcher sur des œufs pour dire à une fille qu'on la trouve jolie, il n'y a plus de jeunesse. Les garçons se sentent parfois mal à l'aise face à cela. Certains d'entre eux manquent de respect mais certaines filles n'hésitent pas non plus à se plaindre parfois sans raison, alors que le dialogue doit être mis en avant."

Si on leur demande quelle est la différence majeure, elles parlent avec humour de leur côté maternel. "Oui, nous ne nous mettons pas à organiser des apéros mais quand il y a une baisse de moral nous n'hésitons à placer quelques tartes dans la salle des profs."