Liège : Pas plus de drogués… mais de la drogue plus forte !

À Liège, le cannabis, la marijuana et le haschisch représentent 58 % des saisies.

Bechet Marc
Problème de la drogue à Liège.
Problème de la drogue à Liège. ©Bruno Devoghel

À Liège, le cannabis, la marijuana et le haschisch représentent 58 % des saisies.

La toxicomanie à Liège… ce n’est pas nouveau. Comme de nombreuses grandes villes en effet, la Cité ardente est exposée au phénomène depuis des décennies. Ajoutons à cela la proximité des Pays-Bas et Liège a, longtemps, eu l’image d’une ville où il suffisait de se baisser pour cueillir du cannabis… mais l’affirmation est-elle toujours correcte ?

Interrogé par les conseillers MR Fabrice Drèze et Christine Defraigne, le bourgmestre, Willy Demeyer, a du moins tenu à souligner cette stabilité. "Pour les six premiers mois de 2016, nous relevons 737 faits liés aux stupéfiants. Nous étions à 719 faits sur les six premiers mois de 2015. Il n’y a donc pas d’augmentation en la matière. Le cannabis, la marijuana et le haschisch représentent 58 % des produits saisis." Si les policiers n’agissaient pas bien sûr, le compteur resterait à zéro…

Depuis les années 80 , la Ville de Liège dispose de sa brigade stup’; aujourd’hui dirigée par l’inspecteur Marc Gerits, elle compte une douzaine d’hommes. "La police est toujours le reflet de la société. Cette section est devenue nécessaire quand la problématique des stupéfiants a émergé", explique Bernard Frédérick, directeur de la Brigade judiciaire de la police de Liège.

Une évolution donc… mais comment la toxicomanie a-t-elle évolué en 30 ans ? "Je pense honnêtement que Liège n’est pas plus confrontée à cette problématique que les autres grandes villes du pays mais on focalise souvent sur Liège à cause de la proximité des Pays-Bas."

Pas d’angélisme, les récentes restrictions liées aux coffee-shops n’auraient pas fait chuter les quantités de drogue circulant à Liège : 2.500 usagers de la drogue sont encore aujourd’hui identifiés, dans le grand Liège. On constate pourtant bien une évolution à la brigade des stupéfiants. Elle concerne surtout la qualité des drogues vendues.

"Au début, c’était surtout de la toxicomanie traditionnelle, je parle de cannabis et un peu d’héroïne; peu de cocaïne car elle venait d’Amérique du sud et était chère, surtout déversée aux États-Unis. Puis dans les années 90, il y a eu un basculement." La cocaïne a inondé l’Europe, les grandes villes (dont Liège). Avec ce constat alarmant dressé aujourd’hui : "Le prix de ces drogues a fortement baissé." Il y a une concurrence des réseaux. On parle de 7 à 10 euros le gramme de cannabis mais on trouve aussi de l’héroïne à 12,50 euros le gramme.

Autre évolution constatée : la qualité de la drogue. Elle est… meilleure qu’avant ! Christel Vandenbergh, de la cellule prévention, n’aime pas ce qualificatif, à juste titre. "Quand on parle de qualité, souvent on pense qu’elle est meilleure mais on parle plutôt de concentration de THC. Dans les années 60, on était plutôt à 2-3 % et on est passé à 10-12 %."

La dépendance n’en est que plus rapide… c’est pourquoi Christel Vandebergh tourne depuis deux ans déjà dans les écoles liégeoises pour prévenir les jeunes, cibles de choix des dealers.


Prévention dans nos écoles

Christel Vandenbergh rencontre les jeunes et leur parle des vrais effets de la drogue.

"J’insiste pour être seule devant les élèves lorsque je fais mes exposés." Christelle Vandenbergh est responsable de la cellule Prévention Toxicomanie à la police de Liège et si elle tient à se présenter seule face aux élèves liégeois qu’elle rencontre depuis deux ans, ce n’est pas pour autant qu’elle avance masquée: "Je garde mon uniforme de la police de Liège."

En intégrant ce poste à la cellule prévention, elle a décidé de partir avec son bâton de pèlerin, à la rencontre des élèves. Objectif : exposer ses connaissances sur les drogues qui circulent et répondre aux interrogations des jeunes.

"Mes séances s’adressent aux élèves de 4e et 5e secondaires. Certains disent que c’est déjà trop tard mais je veux m’adresser à des jeunes de 15-16 ans, qui commencent à sortir." Le sujet n’est pas passé en revue de manière légère; sa communication peut être très sombre sur les effets réels occasionnés par la consommation de drogue.

"Certains estiment qu’il ne faut pas aller trop loin dans l’information. Je pense au contraire qu’il faut être concret, pour que le jeune sache où il met les pieds. Fumer du cannabis, ça peut sembler anodin, mais il faut aussi savoir que tous les héroïnomanes sont passés par le cannabis avant."

Le plaisir, la dépendance… ce sont des thèmes au cœur de l’exposé de Christel. "J’explique ce qu’est un apport de dopamine et en l’occurrence, un apport excessif. Qui appelle un besoin plus grand ensuite… avec le fameux phénomène de la descente." Comme un lundi après un week-end de guindaille… mais en beaucoup plus fort."L’effet qu’on oublie souvent, c’est que tout le reste perd de sa saveur quand on prend de la drogue."

Les conséquences sur le cerveau sont aussi abordées, comme les conditions de fabrication. "Quand je décris ce qui se trouve dans ces drogues, les élèves sont souvent choqués. Pour rendre l’ecstasy plus sympa, plus coloré, on met de la peinture. Pour la résine de cannabis, on bat les fagots de cannabis, on les coupe avec des déchets de goudrons ou avec des excréments de chameau. Ou on dope la drogue de produits chimiques stimulants, on la vaporise avec de la poussière de verre, etc. On est clairement loin de l’image de la plante verte apaisante." De fait, mieux vaut être prévenu.

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