Assises Liège : Une culpabilité de meurtre requise contre Chloé Stévenin

La défense, elle, conteste l'intention homicide et évoque l'excuse de provocation

Assises Liège : Une culpabilité de meurtre requise contre Chloé Stévenin
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L'avocat général Pascale Schils a requis jeudi matin devant la cour d'assises de Liège une culpabilité de meurtre au procès de Chloé Stévenin, une Herstalienne âgée de 23 ans qui avait tué Thierry Vanderveck (41 ans) d'un coup de couteau dans le cœur le 10 décembre 2017 à Herstal. Le ministère public a rejeté les autres thèses reposant sur la légitime défense, l'excuse de provocation ou l'absence d'intention homicide.

Durant l'enquête, Thierry Vanderveck a été décrit comme un homme alcoolique, agressif et tyrannique, qui aurait été mis hors d'état de nuire par une petite jeune femme inoffensive. Mais l'avocat général a appuyé sur les éléments mis en évidence par le procès. "Je me suis fait berner sur toute la ligne. Les parties civiles ont eu raison de dire que cela n'allait pas. C'est ici, lors du procès, que le déclic est arrivé. Les experts ont nuancé et expliqué ce qu'il fallait comprendre. Thierry Vanderveck n'était pas excité, Chloé Stévenin n'était pas somnolente. Lors d'un procès d'assises, l'accusée ne peut pas cacher sa vraie nature pendant cinq jours", a indiqué l'avocat général.

Le ministère public insiste sur la qualification de meurtre qu'il faudrait retenir contre l'accusée. "En visant le cœur et en enfonçant le couteau jusqu'à la garde, notre accusée ne pouvait pas s'attendre à autre chose que la mort. Elle ne pouvait avoir d'autre intention que de tuer. L'expert a expliqué que son geste était parfait pour donner la mort. On retrouve dans son geste la détermination et la force, avec un coup qui arrive en plein cœur. Thierry Vanderveck n'a pas vu venir ce coup. Il n'y a aucune trace de défense. Elle ne lui a laissé aucune chance d'échapper à la mort, prévisible et inéluctable", a soutenu Mme Schils.

L'avocat général a encore insisté sur l'intention homicide en exposant que cette intention a été prise lors d'une crise de rage de Chloé Stévenin à l'égard de Thierry Vanderveck. Mme Schils a aussi écarté les notions de légitime défense ou d'excuse de provocation qui seront évoquées par la défense. "Il n'y a aucune trace d'agression ou de défense sur Thierry Vanderveck. Les faits ont été commis sous l'impulsivité violente de Chloé Stévenin. Ce qui est arrivé, c'est le geste impulsif d'une psychopathe, sans remord et sans regret", a ajouté l'avocat général.

Les avocats de la défense de Chloé Stévenin ne partagent pas du tout cette analyse. Ils ont ainsi contesté l'intention homicide dans les faits qui sont reprochés à leur cliente. Me Mallants et Me Croisier ont soutenu que Chloé Stévenin n'avait pas l'intention de tuer Thierry Vanderveck. Ils ont évoqué l'excuse de provocation et ont même plaidé l'acquittement sur la base de la légitime défense.

La défense de Chloé Stévenin a dépeint une personnalité marquée par les épreuves. Chloé Stévenin était âgée de 19 ans au moment des faits. Me Nathan Mallants a souligné que sa cliente a été livrée à elle-même dès l'âge de trois ans, en raison d'une mère inadéquate qui l'a délaissée. Son enfance a été marquée par les fugues et son adolescence par des faits de vols et de prostitution. "Chloé Stévenin s'est enfoncée dans une prostitution de rue. Ses appels à l'aide sont restés sans réponse. Son père était absent et son beau-père indifférent", a épinglé l'avocat.

Me Mallants a aussi évoqué la personnalité de Thierry Vanderveck. "Il avait un seul visage. Mais ce visage s'effaçait quand il avait bu. Il devenait systématiquement violent avec ses compagnes sous influence de l'alcool. C'est un constat impossible à remettre en cause", a soutenu l'avocat.

Me Adrien Croisier a rappelé que personne n'a soutenu que Thierry Vanderveck était amoureux de Chloé Stévenin. Mais plusieurs témoins confirment qu'ils étaient dans une relation. "Une relation chaotique, peu idyllique et entrecoupée, dans laquelle Chloé Stévenin subissait des violences", a souligné l'avocat.

Me Croisier a soutenu que la version présentée par Chloé Stévenin ne manque pas de crédit. "Thierry Vanderveck est venu vers elle et l'a attrapée par les cheveux après une courte dispute. Il l'a trainée dans la salle de bain et l'a attrapée par la gorge. Elle lui a mis un coup de pied dans les parties génitales et s'est dégagée de son emprise. Mais quand et s'est dirigé vers elle de manière menaçante, elle a attrapé un couteau et a porté un coup. Un seul coup. Elle a été surprise. Il y a eu de la stupeur et de la peur.", a détaillé l'avocat.

La défense évoque en première argumentation la légitime défense, qui entraînerait l'acquittement de Chloé Stévenin. Elle évoque ensuite l'absence d'intention homicide et l'excuse de provocation.

Le verdict est attendu en début de soirée.

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