Dossier Sky ECC : de lourdes peines !

Le système de cryptage des trafiquants n’a pas résisté aux enquêteurs liégeois.

De lourdes peines ont été prononcées à Liège
De lourdes peines ont été prononcées à Liège ©Caputre d'écran du site de SKY ECC

Par un long jugement de plus de 150 pages, le Tribunal correctionnel de Liège s’est prononcé, ce 4 janvier, dans une affaire de vaste trafic de stupéfiants concernant une organisation criminelle ayant à sa tête deux ressortissants albanais. Cette organisation gérait une dizaine de plantations de cannabis en Wallonie (Waremme, Seraing, Liège, Angleur, Louveigné, Wandre) mais également en Flandre et à Bruxelles.

Vingt-six prévenus étaient renvoyés devant le tribunal qui a prononcé des peines de 8 ans d’emprisonnement ferme et des confiscations de près de 920 000 euros dont 400 000 euros à charge de chacun des deux dirigeants, de 6 et 5 ans d’emprisonnement contre des membres importants et des peines d’emprisonnement ferme ou avec sursis partiels contre les autres membres de cette association.

Des confiscations de véhicules, de vêtements de luxe et de montres coûteuses ont été prononcées. Les frais de justice s’élevaient à près de 23 000 euros. L’enquête a été diligentée par la Police judiciaire fédérale de Liège. Elle a nécessité le recours à des repérages téléphoniques, à des écoutes téléphoniques, à des observations durant de nombreux mois d’un site de production de cannabis et à l’analyse de la téléphonie de GSM cryptés par la société Sky ECC.

En marge de la cannabiculture, ce dossier présentait également un volet trafic de cocaïne révélé par le décryptage du logiciel de la société canadienne société Sky Global Technologies Inc (Sky ECC) qui vendait, sous le manteau, des GSM dépouillés de leurs fonctionnalités et de leur configuration d’origine afin de minimiser les possibilités d’enquête de la justice et de la police.

Vie privée

Les autorités judiciaires ont dû recourir à des policiers infiltrés pour obtenir de tels GSM. La société Sky ECC, qui commercialisait ces appareils et son logiciel de cryptage, vantait toutes ces caractéristiques comme argument principal de vente pour affirmer qu’il était impossible de pirater son smartphone. Un abonnement à Sky ECC coûtait, selon le type de téléphone, jusqu’à 2400 euros par semestre.

Le décryptage de ce logiciel a nécessité un long travail d’analyse mené par les autorités judiciaires et policières belges, néerlandaises et françaises. Il a permis de prendre connaissance de centaines de milliers de messages. Le travail de décryptage se poursuit à l’heure actuelle.

Après avoir rappelé que les communications entre individus relèvent de la vie privée protégée par l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le tribunal a estimé qu’une enquête judiciaire menée par une autorité publique peut, lorsqu’elle est prévue par la loi, porter atteinte au secret des télécommunications pourvu qu’elle soit nécessaire à la sûreté publique.

Le Tribunal y a insisté : pareil mode d’investigation ne serait pas admissible à l’égard d’un opérateur de téléphonie qualifié de classique qui vend des abonnements de téléphonie dans des points de vente officiels à une clientèle dite “normale” et dont les utilisateurs belges sont dûment enregistrés.

Le Tribunal a également insisté sur le fait que l’utilisation de messageries cryptées gratuites offertes au grand public, telles que Whats’app, Telegram ou encore Signal, n’est pas en soi illégale.

J.-M. C.

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