"Mercredi, on a quasiment atteint le nombre de cas maximum de la première vague", constate Christelle Meurice, infectiologue. Mais à l'époque, différence notable, les Belges étaient confinés depuis plus de trois semaines.

"On a peur que les dernières mesures soient insuffisantes pour aplatir la courbe. On voit un tsunami qui arrive", s'alarme le médecin à la tête d'une unité qui accueille 18 malades du virus pour 26 lits

Sa crainte ? Devoir passer à deux malades par chambre, une situation plus difficile pour les patients comme pour le personnel.

Depuis lundi, cafés et restaurants ont fermé dans tout le pays et un couvre-feu a été instauré de minuit à 5 heures du matin. "Ces mesures sont clairement insuffisantes face à une situation extrêmement inquiétante", ajoute le médecin, qui pointe "un échec collectif".

Avec plus de 250.000 cas de contamination et de 10.500 décès, la Belgique (11,5 millions d'habitants) est l'un des pays européens les plus touchés par le virus rapporté à sa population. Et la province de Liège est devenue à la mi-octobre le point le plus chaud de la pandémie.

Au CHU, qui compte six unités Covid, les hospitalisations ont grimpé de 91 à 155 en une semaine.

Avant d'entrer dans la chambre d'un malade, une aide-soignante doublement masquée, enfile trois surblouses et deux paires de gants, sans oublier les lunettes.

"Tous les gestes sont calculés pour déplacer le malade, le laver, jeter son drap dans un sac spécifique... On doit réfléchir tout le temps, faire attention à tout", explique Hendrika Abourou.

Certains personnels n'ont pas résisté à la première vague. Ils ne sont pas revenus travailler à l'hôpital, d'autres ont cessé d'exercer. Facteur aggravant, la formation en soins infirmiers a été allongée de 3 à 4 ans.

"La pénurie était déjà là avant mais c'est de plus en plus criant car le personnel est aussi impacté par le Covid (...) alors qu'on va devoir tenir de longs mois", appréhende Christelle Meurice.

Dans le département des soins intensifs, Thomas a été testé positif il y a trois semaines.

Amers 

"J'ai pas trop le choix. je n'avais pas beaucoup de symptômes. J'ai averti mon supérieur. Il m'a dit +on ne peut pas te remplacer. Il va falloir venir (...). C'est une décision difficile. Les patients ne prennent pas de congé. je suis aussi solidaire de mon équipe. On a peur d'infecter les malades. On prend encore plus de précautions", confie l'infirmier de 33 ans.

Dans son unité de 23 personnes, 4 positives continuent à travailler, selon l'infirmier.

Rien de surprenant pour le docteur Benoît Misset, chef des soins intensifs.

"Si je suis infirmier ou médecin et que je suis malade, si je n'ai pas de courbatures, si je ne suis pas au lit, il suffit que je mettre mon masque. Il faut travailler. Si vous avez des gens avec des compétences (...) je ne vais pas être regardant", confie le médecin français.

"On est dépassés, on est débordés, on est aussi un peu amers puisqu'on s'y attendait depuis deux mois. Les décisions n'ont pas été prises en temps voulu", s'insurge-t-il.

"Personne n'a pris la situation au sérieux. Les politiques comme la population", accuse cet homme en colère.

Partisan d'un reconfinement, il appelle à des mesures plus efficaces même si elles n'auront d'effet que dans un mois ou deux.

Depuis deux jours, le CHU a commencé à transférer des malades dans d'autres provinces belges et en Allemagne. Et s'oriente vers la prise en charge des patients exclusivement Covid, au détriment des autres pathologies.

"On est déjà en train de fermer la moitié de l'hôpital pour pouvoir récupérer du personnel pour les soins intensifs", explique-t-il.

"Maintenant, c'est une guerre de tranchées", avec une différence "c'est pas des bombes, c'est un virus" et "c'est lui qui décide, pas nous, pas les politiques, pas les scientifiques".