Dimanche, un policier de la zone de police de Huy n’a eu d’autre choix que de tirer sur un Hutois qui s’avançait vers son collègue et lui avec une épée en main. Trois balles qui ont tué Charles Crahay. Bien vite, sur les réseaux sociaux, les questions sur l’attitude du policier ont surgi. Pourquoi trois tirs? Pourquoi ne pas avoir tiré dans les jambes? Un policier local n’a pas souvent l’occasion de sortir son arme et encore moins de s’en servir. Explications avec le chef de zone, Jean-Marie Dradin.

Hier, un de vos hommes a sorti son arme et a tiré.

Je ne suis pas juge, ce n’est pas à moi à décider de la conformité de ce qui a été fait. Mais en ma qualité de policier, je soutiens à 200% mes policiers. Ce que le policier a fait correspond aux règles.

Une enquête a été ouverte. Pourquoi?

C’est une enquête judiciaire qui devra estimer si la réponse donnée est adaptée. Et en fonction des résultats, il pourrait y avoir une enquête disciplinaire.

Un policier est entraîné à sortir son arme. Quand est-il amené à la sortir?

Le tir fait partie d’un tout. En tant que policier, on s’entraîne au tir. Une directive policière prévoit le nombre de séances de tir pour la police fédérale et locale. Le tir s’intègre dans un ensemble, dans le cadre de la maîtrise de la violence. Il y a un processus évolutif en fonction de la situation. les policiers ont plusieurs outils à leur disposition. Le premier c’est la parole, la communication. En fonction de la situation, de son degré, il a le pepper spray (NDLR: le spray gaz poivre), la matraque et l’arme. Les policiers sont entraînés au maniement de ces outils quatre fois par an. Ils sont mis en situation et doivent réagir. Ils ont aussi des entraînements de self defense. À cela s’ajoute un entraînement sur les tactiques et techniques d’intervention. Comment arriver sur les lieux d’un fait, comment positionner son véhicule,…

Qu’est-ce qui pousse un policier à sortir son arme?

La menace sur sa vie ou celle d’un tiers, celle d’un collègue. Il y a une notion importante de proportionnalité. Un couteau, une épée a fortiori, présente un danger égal à celui d’une arme à feu. Le policier, lui, est drillé en fonction des circonstances face à une arme. Dès le moment où il est en contact avec un suspect et que celui-ci a une arme visible, le policier est, selon nos directives, dans une situation tout à fait légitime pour sortir son arme à feu.

Mais quand tirer alors? Car vous avez parlé de la première mesure à prendre qui est la communication.

Le policier va sortir son arme, il dégaine mais il ne tire pas. Mais si à un moment, le suspect n’obtempère pas, qu’il se dirige de façon décidée vers les policiers en brandissant son arme, il n’y a pas 25 solutions. Les policiers reculent pour se mettre à l’abri et ils ripostent.

Dimanche, le policier a tiré trois fois. Pourquoi n’a-t-il pas visé les jambes?

Le policier a peut-être une ou deux secondes pour ajuster son tir. C’est vraiment rien. Le but du tir, c’est d’arrêter la personne. Il faut être certain de la toucher car sinon, la personne ne s’arrête pas. Il y a aussi le risque que la balle poursuive sa route… Et quelle est la partie du corps que le policier a le plus de chance de toucher? C’est le buste. Un policier est drillé à viser le corps. La probabilité qu’une balle touche une jambe de quelqu’un qui est en mouvement est très faible. Le policier n’avait pas droit à une deuxième chance. Le policier doit avoir la garantie que son tir arrêtera l’agresseur et il doit éviter que la balle aille ailleurs. On n’est pas au stand de tir, là, mais en ville. Il faut être extrêmement prudent face au type de tir.

Le policier qui a tiré, c’était la première fois qu’il sortait son arme?

C’est un policier qui a entre 10 à 15 ans de service. Et c’est la première fois qu’il était amené à tirer. Ce type d’incident, c’est une première pour nous tous. C’est la première fois qu’il y a un tir policier, avec mort d’homme, à Huy depuis la réforme des polices.

Quel accompagnement pour le policier qui a tiré?

Pour celui qui a tiré et pour son collègue, car ils étaient deux en première ligne, il y a un soutien via la psychologue de la police. Il y a aussi un service d’aide psychosociale de la police fédéral, je l’ai contacté. Et pour tout le corps de police, on est dans la communication. On a eu un briefing ce matin au service interventions, et on permet aux hommes la décharge émotionnelle. Il est important d’être à l’écoute. Il est important d’apporter des réponses et pour moi, en tant que chef de corps, de montrer mon soutien à mes hommes. Il ne fait aucun doute que le travail réalisé était de qualité.

Le policier a-t-il été écarté pendant l’enquête judiciaire?

Non, ils pourraient revenir travailler tous les deux. Un des deux voulait d’ailleurs revenir ce matin, je lui ai dit de se reposer. Il serait bon que tous les deux prennent quelques jours.