L’avocat des parties civiles estime que la préméditation du crime ne fait aucun doute

La cour d’assises de Liège à charge de Philippe Roufflaer, 42 ans, a repris ce mardi par les plaidoiries de la partie civile sur la culpabilité. Me Philippe Zevenne représente les familles des victimes. « Vous êtes les seuls juges de la culpabilité de l’accusé et de l’ampleur de sa culpabilité », a débuté Me Zevenne. « On a beaucoup parlé de l’accusé, un peu de Vanessa Simon, ce qui est moins normal. On n’a par contre presque pas parlé des petites filles », a-t-il regretté. 

L’avocat a décidé de décrire les deux petites fillettes qui ont perdu la vie lors de cette nuit glaciale du 30 décembre 2016 à Soumagne en province de Liège. Philippe Roufflaer est accusé d’avoir étranglé Loana, 8 ans et égorgé Naora 11 ans. C’est cette dernière que l’avocat a décrit en premier. « Naora, venait d’avoir 11 ans, elle était en 6e primaire » a expliqué Me Zevenne. « Elle allait sans doute connaitre ses premières amourettes. Essayez de vous rappeler quels étaient vos sentiments à cet âge. C’était une excellente élève, très sociable. » L’enfant était sans doute touchée par sa situation familiale. « Elle aurait voulu être avocate de la famille. Elle avait des rêves et des projets, malheureusement ses rêves ne se réaliseront jamais. » La petite fille avait des activités de son âge. « Elle allait au patro, à la gym. Elle transpirait la joie de vivre. Elle aimait les animaux. Elle avait son petit chien. Elle faisait des chorégraphies. Elle lisait les livres des records. » Elle s’entendait bien avec sa petite soeur et tentait de la rassurer. « Elles dormaient parfois ensemble quand sa petite soeur avait peur. Loana avait peur du noir et des monstres. » Pour la rassurer, Naora lui disait que les monstres n’existent pas, elle ne savait pas que les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit… L’avocat a ensuite évoqué la personnalité de Loana. « Elle avait 8 ans et était en 3e année primaire. Elle était plus réservée. Elle avait moins d’amis, mais elle s’entendait bien avec les plus petits. » Cette petite fille était fort proche de sa famille. « Elle était très fusionnelle avec sa maman, elle voulait rester un bébé, mais elle avait du caractère. Elle était toujours enthousiaste d’aider. Elle était très bonne élève aussi malgré les absences. Elle aimait faire des blagues et ne doutait de rien. » Me Zevenne a évoqué le drame. « Il a ôté la vie à deux petites filles par cette nuit glaciale», a poursuivi l’avocat. « Elles sont mortes sans comprendre pourquoi elles s’endormaient plus rapidement que d’habitude. Lorsqu’elles sont sorties de ce sommeil artificiel, c’était pour se rendre compte que leur père était en train de les tuer. » 

La partie civile a évoqué les multiples mensonges de l’accusé, même devant la cour d’assises. « Depuis le premier jour, il a systématiquement menti. Il mentait tout en prétendant dire la vérité et n’avoir rien à cacher. » Pour l’avocat, il s’est positionné en « maitre du jeux comme l’ont évoqué les experts. » Me Zevenne a estimé que Philippe Roufflaer visait un seul intérêt: le sien. « Au départ, il voulait échapper à la justice, dans un second temps, à la sanction. C’est lui avant tout. Il a donné pas moins de 5 versions différentes. Ce qu’il a fait cette nuit-là, il le sait depuis le premier jour. » L’avocat a rappelé les moments lors desquels l’accusé reprochait aux enquêteurs de ne pas le traiter correctement. « Il a dit aux enquêteurs que c’était quand même lui qui avait passé une nuit de merde. » Le suspect avait déclaré : « Vous me traitez comme un suspect alors que je suis une victime. » L’avocat a rappelé toutes les versions de l’accusé, lors desquelles il a notamment tenté de diriger les soupçons sur la mère et son compagnon. « Il s’est dit choqué d’avoir été inculpé, de ne pas avoir encore réussi à se rendre au cimetière parce que c’était trop dur. » Philippe Roufflaer avait dit aux enquêteurs : « Mes enfants ne demandaient qu’une chose, c’est vivre ! » L’avocat a rappelé avec quel aplomb l’accusé a mimé des gestes à la reconstitution alors qu’il savait que cela n’avait jamais existé. « Il a un besoin de maitrise constant. Lorsqu’il parle de la mort de ses deux filles, il n’a aucun sentiment, il revient toujours à lui. » Selon la dernière version de Philippe Roufflaer, Noara ne se serait pas réveillée, ni débattue alors qu’il l’égorgeait. Selon l’avocat, l’accusé tente d’échapper à la préméditation. « Elles n’avaient aucune chance d’échapper au tragique destin que l’accusé leur avait réservé. Les médicaments sont un élément central pour la préméditation. Avant les faits, il est allé à la station-service pour acheter de l’essence et a acheté la corde. Si il part, il prend tout ce qu’il possède avec lui, il ne peut admettre de partir sans prendre ce qu’il possède. La logique de prendre Noara et Loana est dans la logique de sa personnalité." 

Déjà en 2012, il annonçait: « Je prendrais les miens, ils m’appartiennent et je suis maitre de leur destin. » Selon la partie civile, « La destruction globale fait partie du projet de préméditation. » Il ne s’agit pas d’un acte désespéré selon Me Zevenne. « C’est quelqu’un de furieux, déterminé, qui veut aller au bout de son projet. Ce n’est pas quelqu’un de désespéré. Il a serré pendant 30 secondes avant qu’elle ne s’évanouisse, il a serré pendant deux à trois minutes jusqu’à ce que mort s’en suive. Il nous a dit avoir vu que Loana vidait sa vessie. Il l’a mordue parce qu’elle se débattait. Pourquoi avoir changé d’arme, elle s’est sans doute trop débattue ? Elle a trop résisté, donc il s’adapte. Il est déterminé. Il retourne dans la chambre et tranche le cou de Naora." Pour l'avocat, la fillette n'a pu que s'éveiller. " Elle se débat, elle se réveille, en sentant la brulure des coups de couteau, elle n’a pu que se débattre. Elle a d’ailleurs des lésions de défense à la main. Il tranche 4 fois la gorge avec une force et une détermination telle que le couteau va s’enfoncer jusqu’à la colonne vertébrale. Comment peut on imaginer faire cela sur un coup de tête ? Pour tuer ses enfants de cette manière, il faut être déterminé. Malgré les cris et le fait qu’elle se débat, il a continué. Quel parent va continuer un tel geste alors que son enfant supplie ? Quel parent va continuer alors que l’on a vu le premier enfant uriner sous elle ? » Pour la partie civile, les jurés ont la tâche d’envoyer un signal fort. « Quand le protecteur devient le prédateur, où sont les repères de nos enfants ? Qu’a dû penser Loana qui avait peur du noir et des monstres ? Qu’a-t-elle du penser en réalisant que le monstre dans la nuit, c’était son propre père ? Et Naora, à qui on avait dit que l’on ne peut pas faire du mal aux petits quand entre les grands ça ne va pas. Qu’a-t-elle pensé lorsqu’elle a été réveillée par la douleur aiguë au cou ? Il ne s’agit pas de victimes collatérales, mais bien des victimes de l’égoïsme et de la détermination. Il a voulu avoir le dernier mot. » L’avocat a demandé à ce que les jurés répondent oui à toutes les questions.