L'avocat général Fabienne Bernard a requis, jeudi, devant la cour d'assises de Liège, des culpabilités de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner mais avec préméditation contre Brahim Cherabi et Younis Bahou, accusés d'avoir tué Rachid Moumen. Pour le ministère public, il subsiste un doute sur l'intention des deux accusés de causer la mort de la victime. La partie civile réclame, pour sa part, des culpabilités d'assassinat. Les faits reprochés à Brahim Cherabi (30 ans) et Younis Bahou (25 ans) s'étaient déroulés le 6 juin 2018 vers 17h28 dans le quartier de Bressoux (Liège). Rachid Moumen, un Liégeois âgé de 36 ans, avait été tué d'un coup de couteau porté au thorax.

Avocat de la partie civile, Me François Wintgens, a soutenu que les deux accusés doivent être reconnus coupables de l'assassinat de Rachid Moumen. L'avocat a affirmé que les deux accusés ont joué un rôle indispensable lors des faits.

"Ils ont, tous les deux, voulu et préparé cette attaque par des échanges téléphoniques préalables. L'intervention des deux a été indispensable. Supprimez l'intervention de l'un d'eux et Rachid Moumen n'est pas mort. Ils parviennent à le tuer, car le projet criminel était organisé et déterminé", a soutenu Me Wintgens.

La partie civile a rappelé que Rachid Moumen a été victime d'une attaque immédiate dès qu'il est sorti de la voiture qui l'a déposé dans le centre de Bressoux. Me Wintgens pointe aussi la dynamique qui existait entre les deux accusés, deux cousins. "Une loyauté existe entre eux par leur lien familial. Mais il y a un lien de subordination de Cherabi sur Bahou. Il y a aussi une redevabilité de Bahou envers Cherabi", a analysé l'avocat.

Selon la partie civile, il y avait une synchronicité parfaite entre les deux accusés, solidaires d'un bout à l'autre de la scène fatale à Rachid Moumen. Me Wintgens affirme que Cherabi portait un couteau et que Bahou portait un couteau et une bombe lacrymogène. "C'est Cherabi qui donne le coup de couteau. Mais Bahou empêche Rachid Moumen de s'enfuir. Sans lui, Cherabi ne serait pas parvenu à donner ce coup de couteau", a plaidé l'avocat.

L'avocat général Fabienne Bernard a souligné l'existence d'un élément capital du dossier, avec l'enregistrement de l'entièreté de la scène par des caméras de surveillance. Les déclarations des accusés ont varié quant à la nature des objets qu'ils tenaient entre les mains. Mais l'avocat général affirme qu'il s'agissait bien des armes portées par les accusés. "Il y a deux couteaux et une bombe lacrymogène", a indiqué Mme Bernard.

Selon l'avocat général, les actes posés par les deux accusés étaient bien prémédités. "Ils se sont dirigés très rapidement vers la victime et la bagarre a été quasi instantanée. Ils ont immédiatement poussé Rachid Moumen au niveau du torse et l'ont coincé sur le mur. Cette immédiateté de l'attaque montre qu'elle était préméditée. À aucun moment, Younis Bahou n'a eu une réaction de surprise ou n'a tenté de calmer ou de séparer les protagonistes", a souligné l'accusation.

L'enjeu du débat repose sur l'intention de tuer ou sur la question des coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le ministère public affirme que les débats n'ont pas permis d'écarter le doute sur l'intention des deux accusés de tuer la victime.

"Un réquisitoire de coups et blessures volontaires ayant involontairement entraîné la mort avait initialement été tracé. Les débats n'ont pas permis un nouvel éclairage. Des éléments me troublent et je dois le dire. Je ne peux pas me lever et dire le contraire de ce que je pense dans cette affaire", a justifié Mme Bernard.