Le substitut Fabienne Bernard a affirmé jeudi après-midi devant la cour d'assises de Liège "botter en touche" et renvoyer aux jurés la responsabilité de définir la culpabilité de Naïm Touzani. Le parquet estime que deux qualifications sont possibles (le meurtre ou l'homicide involontaire) et n'a pas insisté sur l'une d'elles. Les faits s'étaient déroulés le 9 avril 2017 à Liège dans l'appartement que Naïm Touzani louait dans le quartier du Longdoz. Siham, une jeune femme âgée de 17 ans, avait été frappée à de nombreuses reprises et était décédée des suites de ses blessures.

Naïm Touzani et sa compagne Siham ne vivaient pas une relation passionnelle, mais une relation toxique et une relation d'emprise, a soutenu l'avocat général Fabienne Bernard. Siham pardonnait tout à Naïm Touzani et le défendait même quand il était indéfendable. Elle s'était enfermée dans la prison de sa relation amoureuse et fuyait les gens qui tentaient de la convaincre de quitter Naïm Touzani. Selon le ministère public, Siham était sous dépendance psychologique, à tel point qu'elle se sentait aussi coupable des coups qui lui étaient portés.

Le ministère public a admis qu'il reste un certain nombre d'éléments imprécis au terme des débats. Le substitut Bernard estime que ce sera aux jurés de déterminer la qualification des faits à retenir contre l'accusé. Une qualification de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner avait initialement été retenue par le parquet. Mais le ministère public affirme ne pas s'enfermer dans cette qualification alors que les faits sont présentés devant la cour d'assises.

Le substitut Bernard estime que la préméditation des faits ne doit pas être retenus contre Naïm Touzani. Il proférait des menaces de mort régulières, mais il prononçait aussi des mots d'amour intenses à l'égard de Siham. Leur relation connaissait des plages d'accalmies régulières.

La cause du décès de Siham résulte de coups puissants portés à la tête. Mais si ces coups peuvent être suffisants pour retenir une qualification de meurtre, le ministère public estime que c'est dans l'attitude de Naïm Touzani après les faits qu'il est possible de trouver le doute sur ses intentions de tuer Siham. Après avoir porté les coups, il a attendu plus de deux heures avant de prévenir les secours.

"Je botte en touche, je reste au milieu du gué. Je ne sais pas quelle position je prendrais si j'étais juge. Je persiste à penser qu'il est possible de défendre les deux positions", a indiqué Mme Bernard.

Les avocats de la défense, Me Emeline Thône et Me Philippe Zevenne, ont plaidé pour une qualification des faits en coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Les conseils de l'accusé ont souligné le fait que le parquet avait initialement qualifié ainsi les faits, suivi ensuite par un jugement du tribunal correctionnel. Les avocats rappellent qu'un doute subsiste par rapport à l'intention de tuer après les débats tenus devant la cour d'assises. "Il n'avait pas envie d'ôter la vie de Siham", a souligné Me Thône.

Les délibérations auront lieu vendredi.