Yasmina Soussane et Sonia Soussane, les soeurs de Siham Soussane, se sont exprimées à la barre devant la cour d'assises de Liège mardi après-midi au procès de Naïm Touzani, un Liégeois de 29 ans accusé du meurtre de sa compagne. Yasmina Soussane, la soeur ainée de Siham Soussane, a notamment expliqué que le rêve de la victime était de devenir policière. Siham et Sonia, sa soeur cadette, étaient ensemble le jour où Siham a rencontré la première fois Naïm Touzani. C'était durant l'été 2015, à la sortie d'une piscine bruxelloise. Siham et l'accusé s'étaient échangés leurs coordonnées et ils avaient ensuite commencé à se parler.

"Avant que Naïm Touzani entre en prison, j'ai remarqué que ma sœur était plus renfermée sur elle-même. J'ai vu un changement. On a recommencé à parler et à avoir une vie sociale lorsqu'il est entré en prison. Elle disait que c'était dommage qu'il soit en prison, mais elle a vite tourné la page. On avait beaucoup d'amitiés avec des garçons, mais tout ce qui était amour, ce n'était pas dans sa vision des choses," a détaillé Sonia.

Au moment où Naïm Touzani est sorti de prison, en octobre 2016, Siham Soussane a repris contact avec lui, mais elle ne l'a pas dit à Sonia. Elle l'a découvert d'elle-même, en regardant sur le téléphone de sa soeur. "Pour être honnête, je n'ai rien vu venir. Du jour au lendemain, on n'avait plus notre liaison entre sœurs. Je culpabilisais en me disant que c'était peut-être moi qui avais fait quelque chose," a-t-elle expliqué. C'est à peine si elles prenaient des nouvelles l'une de l'autre. "Quand on arrivait au sujet de Naïm Touzani, ça ne durait pas longtemps parce que l'une d'entre nous s'énervait," a raconté Sonia.

D'après elle, Siham était influencée par Naïm Touzani. "La manipulation a été présente dès le début. Je pense qu'elle n'avait pas le droit de dire non."

Sonia a déjà échangé par téléphone avec l'accusé, mais la relation était mauvaise. "Il n'y avait pas de respect," alors qu'elle pensait en recevoir, étant la petite sœur de Siham.

Elle avait déjà constaté des traces de coups sur sa sœur plusieurs jours avant les faits reprochés à Naïm Touzani. "C'était quelque temps avant sa mort, Siham avait l'oreille très légèrement mauve et je lui avais posé la question, en lui demandant comment elle s'était fait cela. Elle avait rigolé. Son excuse, c'était qu'elle s'était cognée contre une armoire," a précisé Sonia.

Yasmina, la soeur ainée, a eu au téléphone Naïm Touzani à une seule reprise. C'est elle qui lui a annoncé le décès de Siham, mais il ne l'a pas cru. "Il m'a dit "non", que "ce n'est pas vrai." Il se dédouanait complètement de la situation," a raconté la soeur de la victime.

A la question de l'avocate générale sur le rêve de Siham Soussane, Yasmina a répondu : "C'est bizarre au vu des circonstances, mais elle voulait être policière."

Les amies proches de Siham Soussane et sa voisine ont ensuite témoigné devant la cour d'assises. Celle-ci était très amoureuse et aveuglée par son amour pour Naïm Touzanif, selon les témoins. Jasmine est une voisine qui résidait en dessous de l'habitation de la famille Soussane à Bruxelles. Elle était proche de Siham. Le lendemain du nouvel an 2017, Siham l'a contactée pour qu'elle vienne lui apporter du maquillage à la gare du Midi à Bruxelles, car elle avait été frappée par Naïm Touzani dans l'appartement de Liège. "Ce n'était pas la première fois qu'elle m'a dit qu'elle se faisait frapper. Depuis le 1er janvier, je n'ai plus eu de contact avec Siham jusqu'à ce qu'elle soit à l'hôpital", a expliqué la voisine.

Elle nie avoir eu des contacts avec Naïm Touzani. L'accusé a répondu que Jasmine lui a fait des avances une fois avec le téléphone de Siham pendant son absence, et qu'ils se sont déjà vus à plusieurs reprises. La voisine de 25 ans a raconté l'avoir croisé une seule fois lors d'une soirée et a affirmé avoir refusé qu'il la ramène avec Siham en voiture. Elle était rentrée en bus.

Amal, une amie de Siham Soussane, a également été interrogée. Elle est revenue sur la relation qu'entretenait son amie et l'accusé. "Elle était très amoureuse. Au début, tout se passait normalement, mais à la fin, on la sentait triste et apeurée. Elle n'était pas bien. Elle avait beaucoup de problèmes avec son copain, ça n'allait pas entre eux. C'était tout le temps des disputes. Elle disait qu'il la trompait avec Laura Liga parce qu'elle avait trouvé des messages dans le téléphone de Naïm Touzani," a dit l'amie proche.

Lorsque Siham se disputait avec Naïm Touzani, Amal et Siham s'échangeait des messages. Selon Amal, elle supprimait les messages sur la messagerie WhatsApp pour que Naïm Touzani ne puisse pas voir de quoi elles parlaient.

Amal était également au courant que Siham Soussane recevait des coups. "Je me rappelle qu'elle était venue à l'école et elle avait des bleus sur le bras. Elle m'avait dit que c'était son copain qui lui avait ça. Ça arrivait souvent. Quand ils avaient des disputes, à chaque fois ça se terminait par des coups." Amal ne pense pas que Naïm Touzani était amoureux, mais Siham, oui. Elle a tenté de la raisonner, mais en vain. "Elle était aveuglée par l'amour," a-t-elle déclaré.

Tout comme Amal, Rim, une autre amie de Siham, était au courant des coups et des nombreuses disputes du couple, principalement à cause de la "jalousie excessive" de Naïm Touzani. Elle a également essayé de pousser Siham à mettre un terme à cette relation. "Elle n'écoutait pas, elle était toujours amoureuse de lui. Les échanges étaient rares quand elle était avec lui. Elle avait peur qu'il soit devant l'école ou devant la maison après une dispute et qu'il vienne la frapper," a détaillé Rim.

L'amie avait été informée d'une scène de février 2017. Siham lui a expliqué qu'elle avait été étouffée par un coussin et qu'elle a dû tourner la tête pour respirer. La victime a déclaré à l'époque qu'il était fou et qu'il faisait des "trucs de psychopathe".

Les faits se sont déroulés le 9 avril 2017 à Liège dans l'appartement que Naïm Touzani louait dans le quartier du Longdoz. Siham Soussane, 17 ans, a été frappée à de nombreuses reprises et est décédée des suites de ses blessures deux jours plus tard. Naïm Touzani s'est présenté de lui-même à la justice avec son avocat le 13 juin 2017, soit plus de deux mois après les faits. Il a été placé sous mandat d'arrêt et est depuis incarcéré à la prison de Lantin.

Naïm Touzani est accusé de meurtre et de coups et blessures portés sur une mineure d'âge. Il est défendu par Me Emeline Thône et Me Philippe Zevenne. La substitut Fabienne Bernard siège au poste du ministère public. Les intérêts des parties civiles sont défendus par Me Séverine Solfrini, Me Pascal Rodeyns et Me Abdelhadi Amrani. Le procès dirigé par Annick Jackers devrait se dérouler jusqu'à vendredi.