Un an… et plus même, avec ce troisième confinement qui doit (théoriquement) s’achever le 19 avril. Si tout "va bien". Un an donc que tous les secteurs de notre société vivent au "rythme" balbutiant d’une crise sanitaire où les plus érudits semblent perdre leur latin. Et un an que nos jeunes vivent une scolarité bouleversée… dramatiquement expérimentale.

En marge du discours syndical qui semble davantage mettre l’accent sur la sécurité au travail, un collectif (liégeois) d’enseignants du secondaire, a décidé de faire entendre sa voix, celle de professeurs qui dressent un constat d’échec. Celui de l’enseignement à distance.

Suivre un cours derrière un écran est une chose mais encore faut-il disposer d’un écran, d’une bonne connexion, d’un élève attentif, d’un environnement de travail adéquat. D’une classe ? Distanciel est un terme qui n’existait pas dans leur précis de vocabulaire avant la crise. Justement car il n’était jamais usité… du moins avec les 12 - 18 ans. Pour ces enseignants - qui ont décidé de lancer une pétition en espérant fédérer un maximum de leurs collègues mais aussi les parents d’élèves -, la volonté est de garantir, au retour des vacances de Pâques, un enseignement ayant du sens et matérialisé par "le retour à l’école, le retour à l’humain". L’enseignement à distance est, insistent-ils, "un échec".

Depuis le début de la crise… "en tant qu’enseignants, nous avons dû adapter nos pratiques professionnelles aux nouvelles contraintes scolaires qui nous étaient imposées, comme autant de néologismes pédagogiques : enseignement avec masque, hybride, virtuel, en distanciel ou en présentiel"… autant de méthodes expérimentées dans des conditions, on l’imagine, chambardées. "Il m’arrive souvent de perdre la connexion avec un élève", explique ce membre du collectif ; et pas que visuelle, doit-on comprendre… "Une fois, un de mes étudiants ne savait pas me répondre car il ‘suivait’ le cours avec son smartphone mais était en train de payer à la caisse d’un magasin." Un exemple parmi d’autres…

Jusqu’il y a peu, tous disaient conserver l’espoir d’une crise "passagère", cette perspective permettant de tenir bon en participant à l’effort de solidarité. "Mais aujourd’hui, nous dressons ce double constat : l a détresse de nos jeunes est de plus en plus grande. Elle se manifeste sous différentes formes : manque de motivation, apathie, décrochage scolaire, dépressions, crises d’angoisse, phobies scolaires, voire tentatives de suicide. Notre jeunesse est en perte de repères et de sens. En second lieu, nous pensons que l’école secondaire ne remplit plus sa mission. Notre métier est d’abord un métier de contact. Ce que les élèves retiennent de nos cours, ce n’est pas tant la matière que l’énergie et parfois la passion que chacun donne à voir au quotidien. Ces attitudes, les jeunes les adopteront - s’ils peuvent les ressentir en classe - et les transposeront dans les défis qu’ils affronteront demain. L’enseignement doit être incarné pour être efficace et pleinement humain."

Craignant que la rentrée du 19 avril ne soit à nouveau "perturbée", le collectif adresse donc un message clair au gouvernement, en quatre points : "Nous réclamons le retour immédiat des élèves à 100 % en présentiel ; que soit acté l’échec de l’enseignement à distance, inadapté à la mission de l’école ; que le port du masque, au sein des établissements scolaires, se fasse sur une base volontaire ; que, dans la recherche de solutions pour combattre le virus, la systématisation des tests et des vaccins ne soit jamais envisagée comme condition pour enseigner et/ou pour suivre les cours"… En d’autres termes, une grande bouffée d’oxygène pour un enseignement qui se veut "résolument plus humain".