Après Berlin, Cologne, Varsovie, Barcelone, Paris, San Gimignano, Milan, Castellina in Chianti, Sienne, Venise, Jérusalem ou Chicago…, Charles Szymkowicz investit la grande verrière du musée La Boverie à Liège pour y exposer une sélection minutieuse de 440 œuvres (peintures, dessins, reliefs peints, aquarelles…). Une exposition qu’il prépare depuis quatre ans et qui le dévoile, entre "le monde et l’intime", entre des portraits de personnalités qu’il admire (comme Léo Ferré, devenu son ami, Amy Winehouse, Rimbaud, Verlaine… autrement dit des artistes, poètes, compositeurs, philosophes, auteurs…) et ceux de sa mère, de son père, de sa fille et des autoportraits…

Loin d’une rétrospective, on retrouve plutôt un dialogue entre des œuvres d’années diverses, mêlant notamment le personnage pauvre de Charlot aux figures de mineurs de la catastrophe du bois du Cazier dans son Charleroi natal.

Précurseur de la nouvelle figuration et du nouvel expressionnisme européens, maître du portrait, Szymkowicz perturbe par son œuvre, secoue, bouscule, déchire et nous éblouit à la fois, tantôt en couleurs, tantôt en noir et blanc. Son style graphique très expressif use de coups de pinceaux libres et d’intenses empâtements, à partir de modèles "en chair et en os ou de photographies", explique-t-il.

Profondeur

Personnalité troublante, c’est à 12 ans que Charles Szymkowicz se met à peindre et dessiner. En parallèle de son cursus à l’athénée royal de Charleroi, il fréquentera les cours du soir à l’Académie des Beaux-Arts de Charleroi, où il enseigne depuis 1976. "Ma deuxième passion c’est l’enseignement artistique", confie-t-il.

Il est né le 17 janvier 1948 à Charleroi de parents juifs polonais ayant échappé aux camps de la mort, comme son frère, tandis que le reste de sa famille a été déporté. Indirectement marqué durant l’enfance par ces événements, il traduit l’effroi à travers ses œuvres. Certaines évoquent encore la bombe nucléaire ou, de manière plus légère, son goût pour les momies, et la réconciliation avec la mort.

Les portraits de Szymkowicz à l’intensité bouleversante parviennent à apaiser les âmes les plus intimement inquiètes en leur faisant découvrir les immortelles beautés de l’humanisme. Un miracle de l’art qui agit en profondeur en sublimant les plus terribles interrogations humaines en des œuvres magistrales et mémorables. Bref, une exposition qui illustre la richesse de sa production et de son talent.

Charles Szymkowicz se dévoile par une identité artistique propre, une authenticité et une originalité à contre-courant, qui ne font aucune concession et se présentent au public dans une sincérité inflexible et absolue. Léo Ferré a écrit à son propos : "Szymkowicz vous prend par les yeux et ne vous lâche plus."

L’exposition est accompagnée d’un livre-catalogue illustré (552 pp., Éd. Le Crache-Noir, 25 euros) disponible à la librairie-boutique du musée. Un livret "Essentiel de l’expo" est disponible gratuitement. Enfin, un carnet de jeux est disponible pour une visite active des enfants. Prix adultes : 5 € ; Seniors/groupes : 3 € ; Jeunes < 26 ans : gratuit.

Aude Quinet