Il y a un an, la section liégeoise du Mouvement Demain (qui fait partie de Vert Ardent) révélait l’existence d’un vol de fret hebdomadaire entre Maastricht et Liège, précisant que ce vol de 9 minutes et 38 kilomètres était peut-être le vol de fret le plus court et le plus antiécologique du monde.

"À la suite de notre dénonciation", explique le Mouvement, "le ministre wallon en charge des Aéroports avait rencontré des responsables de la compagnie Qatar Airways, laquelle s’était engagée à mettre fin à ces vols et à ne plus en organiser de nouveaux à l’avenir. On aurait pu penser que c’était la fin de cette aberration écologique mais il n’en est rien."

Le Mouvement affirme, en effet, avoir découvert qu’une autre compagnie, Astral Aviation, effectue désormais deux vols Maastricht-Liège par semaine avec un Boeing 744. "Ces vols (les deux derniers datent des 12 et 15 novembre) à basse altitude survolent des communes de l’agglomération liégeoise (Juprelle, Ans et Awans) et longent la ville de Liège (Rocourt), impactant des zones fortement peuplées".

Au contraire des vols classiques, ces vols dits de positionnement ne sont pas repris dans la liste des atterrissages de l’aéroport de Liège.

"Nous avons toutefois pu identifier via le site diapason de la SOWAER leur signature sonore sur les 3 sonomètres situés au nord-est de l’aéroport, avec un pic en décibels à 77 dBA le 12 novembre et à 80 dBA le 15 novembre. À titre de comparaison, un aspirateur situé à un mètre produit 70 dBA et un réveille-matin 80 dBA. On parle donc de vols très bruyants."

Le Mouvement Demain qui dénonce la poursuite de ces vols réclame du coup que soit publiquement disponible de façon pérenne la liste de tous les vols (y compris ceux dits de positionnement et de maintenance) depuis et à destination des aéroports wallons, afin de permettre une identification simple de ces vols saut de puce. "Nous réclamons également que la Région wallonne prenne attitude contre ce type de vols, invite ses aéroports à les refuser, et promeuve activement leur interdiction au niveau européen (puisqu’il s’agit de vols internationaux)."

Mais plus fondamentalement, le Mouvement Demain estime que le choix de faire croître Liege Airport pour en faire le premier aéroport de fret européen (notamment via l’arrivée d’Alibaba), est un choix économiquement et écologiquement désastreux. "C’est pourquoi nous réclamons d’urgence une véritable étude d’incidence actualisée et prenant en compte tous les impacts de l’aéroport (environnement, mobilité, santé des riverains…)."

"Pour notre mouvement, le développement économique de notre région est important mais ne passera pas à moyen terme par cette monoculture de la logistique qui renforce notre dépendance aux énergies fossiles, et va à rebours d’une nécessaire relocalisation de l’activité économique."

À Liege Airport, on ne nie pas l’existence de ces vols plutôt qualifiés de vols de repositionnement que de sauts de puce. "Mais aucun avion ne décolle à vide de chez nous", rétorque Frédéric Jacquet, le directeur adjoint de Liege Airport.

Quant aux propos du Mouvement Demain sur l’expansion même de l’aéroport, Frédéric Jacquet se montre dubitatif. "D’abord c’est à l’honneur même de la démocratie que Mouvement Demain puisse s’exprimer, même si nous ne sommes pas d’accord avec lui. C’est une évidence, les aéroports quels qu’ils soient provoquent des nuisances. Mais il faut aussi penser que l’emploi est un facteur de bien-être. Pour la région liégeoise, la Région wallonne a investi 400 millions pour diminuer les impacts des nuisances. Nous sommes donc dans un cadre équilibré, encadré par une législation qui a d’ailleurs obtenu l’aval d’une majorité démocratique."

9 000 emplois

Rappelons à ce titre qu’à la fin du siècle dernier, des personnalités comme Jean Gol, Jean-Pierre Grafé ou encore André Cools s’étaient battus pour faire naître cet outil économique d’importance. "En 1999, nous étions confrontés à la déliquescence de la sidérurgie du bassin liégeois, avec des pertes d’emplois par milliers. Liege Airport, aujourd’hui, ce sont 9 000 emplois pérennes."

"En outre, notre aéroport a un plan Zéro Carbone avec pour politique le "Et" plutôt que le "ou". Autrement dit ne pas mettre en concurrence l’économie et l’écologie, là où Liege Airport transporte un million de tonnes de fret par an alors que le camion en transporte 250 fois plus. Quand le Mouvement Demain parle d’erreur stratégique, c’est plutôt le contraire lorsqu’on voit la typologie des demandeurs d’emploi dans notre région."

Rappelons à ce titre que Liege Airport va bientôt lancer une procédure dans le cadre du permis d’environnement de l’aéroport qui arrive à échéance en janvier 2023. "Chacun pourra alors s’exprimer", conclut le directeur adjoint.