Liège

Le Liégeois a accompli une carrière hors norme. Il était âgé de 87 ans.

Cigarette aux lèvres, voix rocailleuse, l’une étant sans doute la conséquence de l’autre, Jean-Pierre Grafé avait le verbe facile, la gouaille bien liégeoise et le contact aisé. Âgé de 87 ans, cet homme politique d’un autre temps, ce dinosaure, comme il se qualifiait lui-même, nous a quittés ce mardi des suites d’un cancer contre lequel il se battait depuis plusieurs mois.

Sa carrière politique a été plus que bien remplie. Elle commence en 1954 à un autre niveau lorsque l’étudiant en droit est élu à la présidence des étudiants sociaux-chrétiens.

"Puis, nous expliquait-il lui-même en 2012, j’ai été élu en 1958, à mes premières élections communales. J’ai bénéficié du vote des scouts et du milieu estudiantin. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai connu 8 bourgmestres dont 4 ont été ministres !"

Non Jeff, t’es pas tout seul !

En 1971, Jean-Pierre Grafé est élu pour la première fois député de l’arrondissement de Liège à la Chambre des représentants. Puis il entame, avec de grandes responsabilités, une carrière régionale ou communautaire qui le voit occuper des postes comme ministre des Affaires wallonnes, ministre de la Culture française dans le gouvernement Tindemans ou encore président du Conseil de la Communauté française.

De 1988 à 1992, ce social-chrétien a occupé le poste de ministre de l’Enseignement et de la Formation de la Communauté française. De 1992 à 1995, il a été ministre des Travaux publics dans le gouvernement wallon.

Il démissionnera de ses fonctions de ministre en 1996, en pleine affaire Dutroux, après qu’un jeune homosexuel a affirmé avoir eu des relations sexuelles avec lui alors qu’il était encore mineur. Une accusation qui sera balayée par la justice en 1998. M. Grafé siégera encore de 1999 à 2003 au Parlement fédéral.

Pourtant, le Liégeois ne voulait pas faire de la politique. "Que nenni ! Je voulais faire ma carrière d’avocat. C’est d’ailleurs ce que j’avais dit à Jacques Brel quand, un jour, il m’a marché sur le pied dans un bistrot. On s’est engueulé… et puis on a discuté jusqu’à 4 heures du matin. Je lui ai dit que j’allais devenir un grand avocat et lui m’a dit qu’il serait un grand chanteur. Je suis devenu son conseiller durant 20 ans."

À ce sujet, il racontait à l’envi la même anecdote : "Lors d’une discussion, on était sur le boulevard de la Sauvenière à Liège, il m’a confié qu’il voulait arrêter de chanter. Je lui ai tapé dans le dos en lui disant : t’es pas tout seul Jef."

Les réactions à la mort de Jean-Pierre Grafé ne se sont évidemment pas fait attendre. "Un homme d’une grande intelligence et compétence. Une capacité d’action et un réseau de contacts de premier plan. Humaniste depuis toujours. La Wallonie et Liège lui doivent de grandes réalisations", a commenté le président du CDH, Maxime Prévot.

"Mes sincères condoléances à la famille et aux proches de Jean-Pierre Grafé. Il a consacré 50 ans de sa vie à la politique liégeoise, wallonne et francophone avec des convictions fortes", a notamment déclaré le Premier ministre Charles Michel.