Onze prévenus, des anciens fonctionnaires, et deux sociétés sont poursuivis devant le tribunal correctionnel de Liège pour avoir profité de leurs heures de travail et du matériel mis à disposition par leurs employeurs pour fournir, contre rémunération, des informations confidentielles sur la population à une société de détectives privés !

Les suspects travaillaient au SPF Finances, au greffe du tribunal du commerce ou encore au Service de perception de la redevance radio et télévision. L’auditorat a requis de 6 mois à 2 ans de prison et des confiscations allant jusqu’à 680 000 euros pour certains des prévenus. Ceux-ci sont poursuivis pour corruption active et passive, violation du secret professionnel et détournement de biens publics.

Ces fonctionnaires recevaient des listes de personnes qui devaient être ciblées et sur lesquelles ils devaient faire des recherches pour trouver des données confidentielles. Des milliers de personnes ont été concernées par ces recherches ! Une vingtaine de fonctionnaires a été inquiétée. Mais environ la moitié a préféré payer la transaction pour éviter un passage devant le tribunal correctionnel. Les faits ont duré pendant plus de 10 ans jusqu’en 2015. Les intéressés faisaient des recherches en groupe pour être plus efficaces. "Je voulais arrondir les fins de mois", a déclaré une prévenue. "On me fournissait des listes et je faisais les recherches. Je gagnais entre 100 et 200 euros par mois. Je le faisais un peu chaque jour", a poursuivi cette dame qui a réalisé plus de 21 300 recherches. Une suspecte a déclaré qu’elle gagnait jusqu’à 3 000 euros par mois. Les avocats ont plaidé le dépassement déraisonnable, le fait que leurs clients ont déjà été punis en perdant leur emploi, mais aussi des suspensions du prononcé ou encore du sursis et des peines de travail.

Sarah Rasujew