Dix ans après la fusillade sur la place Saint-Lambert à Liège, le 13 décembre 2011, le procès au civil n’est toujours pas terminé. Plusieurs victimes ont mis en cause la responsabilité de l’Etat belge dans cette tuerie, estimant que l’assaillant, Nordine Amrani, n’aurait pas dû être libéré sous conditions.

Des contrôles effectifs du libéré conditionnel ont-ils été effectués? N’aurait-on pas pu anticiper son passage à l’acte? Le pénaliste hutois Alexandre Wilmotte représente une dizaine de familles de victimes. L’avocat dénonce une faille du système, plus précisément dans le respect des conditions de libération de l’ex-détenu. La libération conditionnelle de Nordine Amrani lui aurait été octroyée trop tôt et dans de mauvaises conditions alors qu’il existait des contre-indications. Ensuite, une fois accordée, le suivi des conditions a été lacunaire ou inexistant car aucune des conditions posées n’avait été respectée.

«Il y a eu un dysfonctionnement»

Une plainte a été déposée contre l’État belge, devant le tribunal civil de Liège. Une procédure qui a (enfin) abouti par une première décision de la Cour constitutionnelle, à qui le tribunal civil posait une question, qui estime que "les victimes sont en droit de postuler un dommage et de mettre en cause la responsabilité de l’État belge", comme l’explique Me Alexandre Wilmotte. "Si la libération conditionnelle n’avait pas été octroyée à Nordine Amrani, les faits ne se seraient pas produits."

"Avant de parler de responsabilité, il est clair qu’il y a eu un dysfonctionnement, souligne Thierry Kremer, le papa de l’une des victimes. On s’est toujours posé la question de savoir pourquoi un tel individu, avec un passé judiciaire aussi lourd, pouvait se trouver sur la place Saint-Lambert, de surcroît équipé d’un tel arsenal. Lorsqu’on gratte un peu dans le dossier, on se rend compte qu’il est multirécidiviste. Là, il y a une responsabilité, ou plutôt une irresponsabilité, quelque part. Qu’il s’agisse de l’implication d’un juge, d’un magistrat ou encore d’un policier, peu importe. C’est difficile à dire et ce n’est pas le but. De par cette action contre l’État belge, qui est l’instance suprême, on souhaite dénoncer un manquement flagrant..."

Ce qu’attendent les familles, "c’est qu’on soit reconnu comme victimes". "Il faut se mettre à la place des victimes, insiste Thierry Kremer. On voudrait que cette action aboutisse à une reconnaissance de ces dysfonctionnements et de la légèreté de certaines mesures prises."

Et le papa de Laurent d’ajouter qu’il est "aberrant de voir que ce gars-là a fait autant de fois de la prison, qu’il n’a pas respecté certaines règles et que la défense trouve à chaque fois des arguments. Il faut qu’on aille vers plus de sévérité, et qu’on ne se cache pas derrière les excuses bidon, comme le manque de budget. Une telle remarque fait du mal à entendre."

L’affaire, qui sera plaidée le 15 février 2022, "n’a pas un objectif financier pour les familles des victimes, mais les plaignants souhaitent avant tout que des faits de ce type ne se produisent plus jamais", conclut Me Wilmotte, qui se dit "confiant" quant à une reconnaissance de responsabilité de l’État belge. Un euro provisionnel sera réclamé.

Et s’il s’avère "impossible de prévoir la folie humaine", Alexandre Wilmotte estime qu’il est au moins possible de tirer des leçons des événements de ce type.