Liège

Le président a rappelé les nombreux messages dans lesquels Eddy Michel a annoncé qu’il allait tuer ses enfants et leur mère

Ce lundi après-midi, la cour a commencé par recevoir la demande de la Communauté française de se constituer partie civile. Ensuite, les jurés ont entendu l’interrogatoire d’Eddy Michel concernant les faits. Pour rappel, l'homme est jugé depuis ce lundi pour avoir tué ses deux enfants, Jules et Timothé. Le juge a retracé les jours précédents les faits.

"Je l’ai harcelée de messages pour savoir si elle avait quelqu’un", a indiqué Eddy Michel. "Elle m’a dit qu’elle avait fait venir quelqu’un chez elle pour avoir du plaisir. Je suis rentré chez moi, j’ai bu tout seul chez moi. J’ai écrit des trucs dégueulasses."

Plusieurs jours avant les faits, Eddy Michel a expliqué à plusieurs personnes, dont une psychothérapeute, qu’il voulait tuer sa femme et ses enfants. Cette dernière a estimé qu’il ne s’agissait que d’une idée en l’air. "J’étais dans un état pitoyable, de chagrin, de colère, j’étais complètement effondré." Il a également écrit des lettres d’adieu. "Je les ai écrites pendant la nuit de dimanche à lundi." C’est à ce moment qu’il a transformé l’identification de la mère de famille sur son téléphone de "Mad" à "Mad la pute."

Il a également écrit que la dame l’avait totalement détruit et qu’il ne voulait pas qu’elle leur fasse la même chose. Il a également écrit qu’il s’excusait de priver les proches de "ses enfants."

"Je n’ai pas prémédité, ce sont juste des écrits."

Il avait notamment écrit qu’il voulait "Mettre fin aux souffrances des enfants." ou encore qu’elle pourrait être "libre tout le temps, pas seulement une semaine sur deux."

"Je ne sais pas expliquer, je n'ai que des images"

Eddy Michel a ensuite été interrogé sur les faits. Il a admis avoir insulté la mère de famille, lui avoir jeté des cailloux et avoir brisé la vitre de son véhicule avec un pavé, le tout sous les yeux des enfants. Il avait déclaré qu’il avait expliqué ce qu’était une "pute" et en quoi leur mère en était une. "Je ne m’en souviens pas."

Selon lui, c’est le fait que la mère, Madeleine Bosly aurait jeté les sacs sur le sol. Il a obligé les enfants à rentrer et la dame à quitter les lieux. Après, l’homme explique qu’il ne se souviendrait pas de tout. Questionné sur les couteaux et à la disqueuse, il a eu des difficultés à répondre. "Je ne me souviens pas du déroulement des faits. J’ai l’impression que je suis remonté avec tous ces objets d’un seul coup. Je ne sais pas expliquer. Je n’ai que des images."

L’homme avait eu des déclarations plus précises lors de sa première audition. "Je vois dans ma tête que la disqueuse se bloque dans les vêtements de Timothé au niveau du cou. Je suppose que quand la disqueuse s’est bloquée, j’ai pris le couteau. Je n’y étais pas moi-même. J’ai en tête qu’il me dit, qu’est ce que tu fais papa ? Je ne le vois pas pleurer. Je n’ai rien prévu, je n’ai jamais dit que j’allais faire cela à mes enfants. Vous vous imaginez comme c’est horrible. Je n’ai même pas d’image du sang sur eux. Je prends un couteau. Je n’ai aucun souvenir du nombre de coups que j’ai porté. Je ne sais pas si Timothé s’est débattu, j’espère qu’il n’a rien vu, rien entendu. Je me vois à califourchon sur lui. Je suppose que je l’ai maintenu avec ses mains. Je ne me souviens pas s'il a crié. Je crois bien que le but, c’était de mettre fin aux jours de Timothé. Je n’étais pas moi-même. Je n’étais pas dans un état normal. Je me souviens avoir porté des coups au niveau du coeur."

Alors qu’il venait de tuer Timothé, il est monté dans la chambre de l’autre enfant. "Je suis monté dans la chambre de Jules, dans mon souvenir, il était sur le bord. Je crois que je l’ai retourné. Je l’ai maintenu aussi. Je me vois avec le couteau en train de lui donner des coups. Je suppose qu’il s’est débattu. J’étais sans doute à califourchon en le maintenant avec mon poids." Après avoir tué les deux enfants, il aurait tenté de se suicider. Mais aucune des blessures qu’il s’est infligées n’a mis ses jours en danger.

"Je crois que je me suis tailladé les deux bras et j’ai essayé de m’enfoncer le taille-haie en sautant dessus en le coinçant entre le lit. Je crois bien que j’avais l’intention de me supprimer."

"Je ne voulais pas tuer mes enfants"

L’accusé a ensuite lu un document qu’il avait écrit. "J’ai mis fin aux jours des enfants. Je savais que ce n’était pas en lui prenant ses enfants que j’arriverais à la reconquérir. Je ne voulais pas tuer mes enfants. Ça fait un an et demi que j’essaye de comprendre, je n’y arrive pas non plus. Je sais que Madeleine doit avoir une envie de vengeance, elle ne me le pardonnera jamais, c’est normal."

Il a rappelé qu’il s’estime ne pas être un bon orateur. "L’acte que j’ai commis sur les enfants, est inexcusable, inexplicable et irrécupérable. Je ne recherche pas d’excuse pour ce que j’ai fait à Jules, Timothé et Madeleine. Je suis moi-même terrifié, effondré par ce que j’ai fait. Je ne savais pas faire le deuil de la séparation, de la famille à 4. J’étais dingue de Madeleine, je l’aimais toujours."

Il a expliqué qu’il était entre l’espoir et le désespoir. "Je perdais le contrôle sur mes enfants, j’avais peur qu’ils soient en insécurité", a-t-il poursuivi en larmes. "Je me suis mis dans un tourbillon duquel je n’ai pas réussi à sortir. Depuis 2 ans, je n’ai plus envie de vivre parce que je n’arrive à expliquer ce que j’ai fait. J’ai tellement honte de ce que j’ai fait subir à Jules et Timothé que je n’ose pas les regarder dans les yeux."

Il a estimé que les personnes allaient sortir des choses de leur contexte. "J’étais loin d’être parfait, maintenant, je suis un monstre. Ce procès ne changera rien pour moi. La peine est gravée dans mon coeur. Je les aimais plus que tout comme Mad. J’aimerais encore pouvoir les sentir, les toucher, les serrer dans mes bras. Je les aimais, j’étais très fier d’eux. Ils étaient beaux, intelligents. Ils étaient câlins et polis", a-t-il terminé en pleurant.

L’accusé a admis qu’il avait eu peur de ses pensées. Il a demandé à la psychothérapeute qu’il était allé consulter s'il était fou ou s'il devait se faire mettre en observation.

Les jurés ont ensuite entendu les deux juges d'instruction qui sont intervenues dans le dossier. "Il y avait des projections de sang dans la maison", a indique Mme Absolonne. "Les visages et les vêtements des enfants étaient maculés de sang." Mardi, les jurés entendront la toxicologue et les inspecteurs de police.