Le tribunal correctionnel de Liège a prononcé quatorze mois de prison avec sursis d’une durée de trois ans pour la moitié à l’encontre de Mehmet, 63 ans, le propriétaire de l’immeuble situé au numéro 18 de la rue Léopold à Liège qui a explosé dans la nuit du 27 janvier 2010. Le tribunal a acquitté l’agent technique et la responsable du Service de sécurité et de salubrité publique, le SSSP, de la ville de Liège. Les magistrats ont estimé que l’intercommunale d’incendie de Liège et environs (IILE) avait commis plusieurs fautes et lui ont accordé la suspension du prononcé.

Pour rappel, dans la nuit du 26 au 27 janvier 2010, une terrible explosion s’est produite au sein du numéro 18 de la rue Léopold à Liège. L’onde de choc a soufflé non seulement cet immeuble, mais aussi le numéro 20, surprenant les habitants en plein sommeil. Ce drame a provoqué la mort de quatorze personnes et fait dix-neuf blessés. Le propriétaire de l’immeuble, un agent technique et une responsable du Service de sécurité et de salubrité publique, le SSSP, de la ville de Liège, mais aussi l’intercommunale d’incendie de Liège et environs (IILE) répondaient d’homicides involontaires par défaut de prévoyance et de précautions, mais aussi de coups et blessures involontaires.

Le tribunal a écarté la prescription, le dépassement du délai raisonnable, mais aussi l’impartialité des experts, ou encore la violation de la présomption d’innocence. Le tribunal a tenu compte des conséquences dramatiques et particulièrement graves des faits. Selon le tribunal, le propriétaire a non seulement placé une installation non conforme, ne l’a pas fait contrôler, mais a aussi manipulé les compteurs et brisé des scellés. Le tribunal a également relevé la fuite de gaz intervenue quelques jours avant le drame. “L’alerte au gaz aurait dû le convaincre qu’il devait réaliser le contrôle sollicité pour éviter tout accident. Il avait à tout le moins dû prévoir le risque.”

Le tribunal a par contre estimé que l’agent de la ville n’était pas responsable du drame. “Il n’entrait pas dans ses compétences de vérifier l’étanchéité du gaz, a relevé le tribunal. Il n’aurait pas pu prévoir le dommage car il n’avait pas conscience de la dangerosité de l’immeuble.” Il en a été de même pour sa supérieure hiérarchique. “Il ne peut pas être reproché à la prévenue d’avoir fait une erreur d’appréciation de la dangerosité car elle n’avait aucune raison d’en douter.”

Quant à l’intercommunale d’incendie de Liège et environs, les magistrats ont estimé qu’elle était coupable d’une erreur en lien direct avec les faits, d’autant plus qu’une fuite de gaz a été détectée par les pompiers quelques jours avant l’explosion mortelle. Précédemment, les services de l’intercommunale avaient constaté des manquements dans l’installation, mais n’y ont pas donné suite. “Il appartenait à la prévenue en sa qualité de prévention en incendie et explosion de s’assurer du contrôle, les fautes dans la gestion de ce dossier lui sont imputables.”

“La mort de mon fils vaut 1 mois de prison !”

Les familles des victimes dénoncent des peines trop légères.

Certaines des parties civiles sont scandalisées de la décision intervenue devant le tribunal correctionnel de Liège. “C’est honteux”nous explique la maman d’un jeune homme décédé. “La décision de condamner le propriétaire à une peine de quatorze mois de prison avec sursis partiel me choque. Il y a eu quinze décès en tout. Cela veut dire que la mort de mon fils ne vaut même pas un mois de prison” , s’indigne cette maman. Cette dernière est également scandalisée des acquittements intervenus pour les agents techniques de la ville.

Selon Me Spadazzi, l’avocate entre autres des parents de Vicky et Alexis, ces deux couples d’amis qui ont perdu la vie dans ce drame, cette décision ne serait pas comprise par les parties civiles qui sont déçues de la hauteur de la peine du propriétaire de l’immeuble.

Le frère de Nathalie, une survivante qui vient de décéder d’un cancer s’est dit également étonné de la peine de prison infligée à ce prévenu. “Il ne fera aucune peine de prison.” Il estime que le service prévention de l’intercommunale d’incendie est responsable. “Mais l’on reste malgré tout frustré qu’il n’y ait pas eu d’autres responsabilités. Je ne comprends toujours pas pourquoi l’Association liégeoise du gaz n’a pas été renvoyée sur les bancs des accusés. Il y a eu des fautes, un des employés n’a pas fait son travail correctement.”