Les parties civiles ont poursuivi leurs plaidoiries mercredi devant le tribunal correctionnel de Liège dans le cadre du procès de l'explosion survenue dans la rue Léopold à Liège dans la nuit du 26 au 27 janvier 2010. Les avocats ont estimé que les personnes prévenues doivent être déclarées coupables.

Pour les avocats des parties civiles, le drame aurait pu être évité si tout le monde avait fait son travail et que le propriétaire avait loué un logement dans un état correct. Le tribunal a ensuite entendu le propriétaire de l’immeuble numéro 20. La partie civile a commencé par citer tous ses locataires qui sont décédés dans ce drame. "Ils étaient des jeunes plein d’espoir. Ils ont vu leur avenir s’écrouler du jour au lendemain." 

Il s’est dit choqué par les déclarations des agents de la ville. Il a rappelé le danger de l’immeuble 18. Il s’est aussi dit déçu par le comportement de la ville de Liège qui est non seulement partie civile, mais aussi civilement responsable de ses agents poursuivis. "Dès la première conférence de presse, le bourgmestre a directement pris la parole pour exonérer ses services. J’ai trouvé cela extrêmement choquant alors que les immeubles étaient toujours fumants. Je veux encore croire à la justice de mon pays."

Le frère de Pierre, une des victimes s’est exprimé. "J’ai été réveillé par un appel de ma tante dans la nuit du 27 janvier 2010. Il était quatre heures du matin. Le trajet de Bruxelles à Liège a été interminable. J’ai vu de la fumée qui sortait de l’appartement de Charlotte et Pierre. Ils se sont rassurés l’un l’autre jusqu’à l’agonie finale. Il est mort par asphyxie après avoir respiré des fumées à 400 degrés. Ils avaient 25 ans. Ils s’étaient fiancés 4 mois plus tôt. Ils avaient décidé d’habiter tous les 4 avec Vicky et Alexis, leurs meilleurs amis. Nous voilà aujourd’hui, à l’aube potentiellement d’une prescription. J’espère que la justice va aller jusqu’au bout des choses." 

Guy Storms, le papa de Vicky s’est également exprimé. "Il y a dix ans maintenant et nous n’avons toujours pas de réponse. Ma fille Vicky était une enfant magnifique, elle venait de terminer ses études, elle venait de commencer au mois de janvier et elle m’avait promis qu’avec son premier salaire, on irait bien manger quelque part. Je n’ai pas eu l’occasion. Vicky et Alexis auraient eu un avenir magnifique, mais cette explosion a tout fichu en l’air." 

Pour ce papa, ce drame aurait dû être évité. "Il y a trois mots cruciaux : laxisme, négligence et manque de responsabilité." Guy Storms a estimé que certains responsables avaient échappé aux poursuites. 

Une survivante a témoigné du drame qu’elle a vécu. "Je n’ai pas entendu l’explosion", a-t-elle indiqué. "J’ai senti des morceaux qui me tombaient dessus. J’étais impuissante. J’ai cru que j’allais mourir. J’avais mal. Ça s’est arrêté. Puis ça a été le choc du souffle. Je ne savais plus où j’étais. C’était impossible de bouger. Les pompiers m’ont dit de ne pas regarder ce qui me bloquait, que c’était mieux pour moi. Ils m’ont tiré par les pieds." 

Les longues heures d’attente ont débuté car cette dame ne savait pas si sa fille de 12 ans avait survécu. "Après douze heures sans aucune nouvelle, j’étais persuadée qu’elle était morte. On m’a demandé de la décrire. J’ai cru qu’elle avait été défigurée. En réalité, elle s’est retrouvé à la cave avec cinq étages sur elle. Alexis l’a rassurée. Il lui a donné rendez-vous à la sortie. Elle a été très choquée d’apprendre son décès.

Cette victime se sent coupable d’avoir survécu alors que d’autres ont perdu la vie. "Je fais toujours des cauchemars. Je rêve que le plafond s’effondre.

La maman de Pierre a également témoigné. "Je ne demande pas un exemple, mais je me suis portée partie civile pour ne plus que cela arrive.' Le frère de Nathalie, une miraculée de l'explosion a raconté le drame vécu par sa soeur. En effet, après avoir survécu à ce drame, le reste de sa vie n’a plus été que tragédies jusqu’à son décès d’un cancer il y a quelques mois. "Elle a fait une chute de plus de 25 mètres un frigo lui a écrasé la colonne vertébrale et le bassin. Elle a eu des problèmes d’ordre psychologique et physique. Elle n’a jamais pu accepter le départ de son compagnon. Elle a souvent voulu aller le rejoindre. Elle ne supportait plus cette séparation et cette souffrance." 

Elle a échappé miraculeusement aux attentats de Bruxelles alors qu’elle devait partir en voyage. Elle a ensuite découvert qu’elle souffrait d'un cancer du sein puis a perdu un enfant qu’elle portait dans des circonstances particulièrement tragiques. Elle a failli en perdre la vie. Après une rémission, le cancer a fini par prendre le dessus. "Elle nous a quitté dans des souffrances que personne ne peut imaginer. Je ne comprends pas un tel destin.Je demande juste que la justice fasse son travail, que ma soeur ne soit pas morte pour rien, ni les autres."